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Burkina: retardé par des désaccords, le gouvernement intérimaire annoncé dans l'après-midi

Le gouvernement de transition au Burkina Faso doit être annoncé dimanche après-midi, sa composition étant "finalisée", a affirmé un proche du Premier ministre, après des retards entraînés par des désaccords entre civils et militaires.

L'annonce du gouvernement de transition au Burkina Faso, dont la composition devrait révéler le rapport de force entre civils et militaires depuis la chute de Blaise Compaoré, doit intervenir dimanche après-midi, avec plusieurs jours de retard du fait d'intenses négociations.

"Il vont publier le gouvernement ce soir vers 17H00" (locales et GMT), a déclaré à l'AFP un militaire, proche collaborateur du lieutenant-colonel Isaac Zida, l'homme fort du pays depuis la chute de Blaise Compaoré le 31 octobre.

La liste des ministres a été finalisée samedi "dans la nuit" et "soumise au président" intérimaire Michel Kafando, un ancien diplomate qui a nommé mercredi M. Zida au poste de Premier ministre, a-t-il poursuivi.

Aucune annonce ne pouvait intervenir dimanche matin, Michel Kafando, catholique, et Isaac Zida, protestant évangélique, étant occupés par des offices religieux, a-t-on appris de sources concordantes.

Le casting ministériel avait été d'abord annoncé pour jeudi, puis pour samedi au plus tard, et enfin pour dimanche, les tractations s'éternisant. Divergences et rivalités au sein de l'opposition et de la société civile, dont un militaire dénonçait les "appétits voraces", avaient d'abord compliqué le processus.

Samedi, le refus par l'armée de plusieurs candidats présentés par la société civile a accentué ce retard, selon une source militaire.

La composition du gouvernement, qui ne sera actif qu'un an, sera scrutée à la loupe : elle permettra d'en savoir plus sur la répartition des pouvoirs au sommet de l'Etat.

Si l'armée s'octroie les portefeuilles clés, la mainmise d'Isaac Zida devrait être ouvertement confirmée, selon des experts du dossier, même si le lieutenant-colonel a transmis symboliquement le pouvoir vendredi au président intérimaire.

Si, à l'inverse, les civils occupent les principaux ministères (Sécurité, Affaires étrangères, Finances...), cela signifiera que Michel Kafando gagne en indépendance... ou que l'armée manoeuvre plus subtilement.

 

- 'Pas très rassurant' -

 

Selon un document de travail émanant de la primature, daté de samedi et lu par l'AFP, l'armée semblait souhaiter s'arroger les postes clés du gouvernement ou en nommer les titulaires. On ignorait cependant si ce document devait être présenté à la présidence.

"Si c'est le cas, ce n'est pas très rassurant", a commenté un diplomate à Ouagadougou, qui attendait impatiemment le nom des heureux élus, aux "personnalités" déterminantes selon lui pour la transition.

Le gouvernement intérimaire disposera d'un an pour remettre en marche ce petit pays sahélien de 17 millions d'habitants et préparer les élections présidentielle et législatives qui mettront fin à la transition en novembre 2015. Aucun membre de l'exécutif ne pourra être candidat à ces scrutins.

Vendredi dans son discours d'investiture, M. Kafando a d'ores et déjà fixé un cap très clair : tourner la page des 27 années de pouvoir de Blaise Compaoré, l'ex-président chassé par une insurrection populaire fin octobre.

"Avec ceux qui ont méprisé cette justice et qui pensent qu'ils peuvent dilapider impunément le denier public, nous réglerons bientôt les comptes", a affirmé le président intérimaire, dénonçant les "richesses inexpliquées", les "privilèges indus" et les "avantages oligarchiques" du clan Compaoré, dont l'ancien diplomate a représenté le régime aux Nations unies de 1998 à 2011.

Nommé lundi après deux semaines d'intenses tractations, il a envoyé un autre signal fort en annonçant des investigations pour identifier le corps du président Thomas Sankara, tué à la suite d'un putsch qui porta au pouvoir en 1987 Blaise Compaoré.

La famille Sankara demande depuis 1997 l'exhumation de la dépouille de cette icône du panafricanisme pour vérifier que le corps enterré est bien le sien, ce que la justice burkinabè n'a jusqu'à présent jamais accepté.

AFP

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