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RDC: déplacée dans le Triangle de la mort, Angèle, 13 ans, rêve d'être institutrice

"J'aime les mathématiques, c'est ce que je comprends le mieux!", s'exclame Angèle, 13 ans, élève dans un centre de rattrapage scolaire à Pweto, après avoir échappé aux violences meurtrières de miliciens dans le "Triangle de la mort" du sud-est de la République démocratique du Congo.

"Plus tard, j'aimerais bien devenir institutrice", se projette timidement l'adolescente dans son uniforme bleu et blanc, que des miliciens avaient enlevée, avec sa soeur, après tué leurs parents.

"Ils m'ont utilisée comme cuisinière, pour transporter de l'eau. J'ai aussi porté un seau plein de balles et avec une arme. Ma soeur devait faire la même chose. Il y avait des enfants d'autres familles avec nous. Après deux jours, ils nous ont libérées, ma soeur et moi", raconte Angèle.

Pweto est l'un des territoires du centre-est de la province minière du Katanga qui, avec Manono et Mitwaba, forment le "Triangle de la mort" - une zone où sévissent des maï-maï, milices d'autodéfense constituées dans la décennie 1990, et aujourd'hui accusées de nombreux meurtres, pillages, incendies de villages et violences sexuelles.

Parmi les miliciens les plus actifs, on compte les maï-maï "Bakata Katanga" ("Séparez le Katanga", en swahili), qui demandent à la fois l'indépendance du Katanga et une meilleure répartition des richesses entre le nord, déshérité, de la province, et le sud, poumon économique du pays, avec ses grandes mines de cuivre.

Le regain d'activité de ces milices à partir de 2012 a provoqué des déplacements massifs de population. Aujourd'hui, selon l'ONU, Pweto compte près de 178.500 déplacés, dont de nombreux enfants forcés d'interrompre leur scolarité.

Le "Centre de rattrapage scolaire des enfants affectés par le conflit" a ouvert ses portes en décembre 2013 sur l'initiative de l'ONG Actions et Intervention pour le Développement et l'Encadrement Social (AIDES), en collaboration avec les divisions provinciales de l'Éducation et des Affaires sociales.

- Priorité aux filles -

 

Ce centre - gratuit et qui accueille des élèves âgés de 9 à 15 ans - "évite aux enfants d'être enrôlés dans des groupes armés" et, "à plus long terme, (...) leur permet de rester dans le système scolaire", souligne Yvon Edoumou, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) pour la RDC.

"Il y a des enfants orphelins, qui sont majoritaires. Il y a aussi quelques enfants qui ont été associés aux groupes et forces armées", confie Nathalyss Lay, chargé de l'éducation à AIDES. Aridja, 14 ans, et sa soeur Mariam, 15 ans, ont perdu leurs parents dans des circonstances similaires à ceux d'Angèle.

Le visage de Mariam ne trahit aucune haine. "Que dieu leur pardonne pour tout ce qu'ils ont fait à nos parents." Si elle avait un message à leur passer? "Qu'ils arrêtent tout ce qu'ils font pour qu'on puisse construire notre pays", ravagé par de guerres successives, entre 1997 et 2003.

La première année, le centre, qui compte deux éducateurs, a reçu près de 170 élèves. Trois garçons ont déserté pour des motifs divers, mais le reste des élèves était assidu et "100% ont réussi le test d'État", qui permet passer au secondaire, selon Lucette Nado Mwelwa, éducatrice.

Cette année, sur 180 jeunes, 114 sont de sexe féminin. Une façon pour AIDES de favoriser les filles qui, généralement, tendent à être moins scolarisées que les garçons - sur qui les parents fondent plus d'espoirs de réussite.

Les cours - en français mais, au besoin, teinté de swahili - sont calés sur le cursus scolaire normal et se déroulent du lundi au samedi.

Mais pour combien de temps? Le centre est financé pour deux ans par un fonds commun alimenté par une dizaine de bailleurs. Sans nouveaux financements, il devra fermer en juin 2015. "Je demande aux bailleurs de penser au centre pour qu'il continue ses activités", plaide Mariam, inquiète.

Pour Ignace, 13 ans, qui a les larmes aux yeux en racontant comment les miliciens ont tué son père d'une balle dans le dos, ce centre est vital. "Comme je n'ai plus de père, il faut que j'étudie pour prendre en charge mon petit frère, qui va aussi à l'école ici", dit-il, les yeux rougis.

AFP

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