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Nigeria: l'état d'urgence expire au lendemain d'une attaque meurtrière

L'état d'urgence imposé dans le nord-est du Nigeria pour contrer Boko Haram a pris fin jeudi, selon les députés, au lendemain de la mort d'au moins 45 personnes dans une attaque attribuée aux islamistes dans la même région.

Le Parlement a connu jeudi en fin de matinée un sérieux incident, qui a obligé son président, David Mark, à annoncer la fermeture du bâtiment jusqu'à mardi prochain: les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes à l'arrivée du président de la Chambre des représentants, Aminu Tambuwal, un ancien allié du pouvoir récemment passé à l'opposition.

Or, la chambre basse devait se prononcer jeudi sur la proposition du président Goodluck Jonathan de prolonger l'état d'urgence dans les trois Etats du Nord-Est les plus touchés par l'insurrection du groupe islamiste armé Boko Haram, pour six mois supplémentaires.

Cette mesure en vigueur depuis 18 mois est très décriée et l'attaque sanglante de mercredi dans le Borno, l'un de ces trois Etats, semble venir confirmer son inefficacité.

Des hommes lourdement armés arrivés à moto mercredi vers midi (11H00 GMT) ont attaqué Azaya Kura, un village de la région de Mafa.

"Nous avons compté 45 cadavres à la fin de l'attaque", a raconté Mallam Bulama, le chef du village.

"Il y en a d'autres qui sont morts dans la brousse après avoir perdu leur sang à cause de blessures par balle", a ajouté un habitant.

Cinquante personnes auraient aussi été blessées.

"J'appelle le gouvernement fédéral à prendre des mesures urgentes et à sauver notre population d'une disparition imminente", a lancé le président par intérim du district de Mafa, Shettima Lawan.

Cette nouvelle tuerie jette une lumière cruelle sur les joutes politiques à Abuja et l'incident de jeudi au Parlement, alors que le président Jonathan est candidat à sa succession à la présidentielle de février 2015.

Le président de la Chambre des représentants, Aminu Tambuwal, est arrivé au Parlement jeudi matin accompagné d'une quarantaine de députés du Congrès progressiste (APC), le principal parti d'opposition qu'il a rejoint récemment.

Mais le Parti démocratique du peuple (PDP, au pouvoir) conteste à M. Tambuwal le droit de continuer à présider la Chambre des représentants depuis qu'il a viré de bord.

L'APC a souvent vivement critiqué l'état d'urgence, considérant que depuis son instauration en mai 2013, la violence n'a fait qu'empirer dans les Etats de Borno, Yobe et Adamawa, où des villes entières sont contrôlées par les islamistes. 

Depuis son déclenchement en 2009, l'insurrection de Boko Haram a fait plus de 10.000 morts et près de 1,5 million de déplacés.

M. Tambuwal a été stoppé par la police, avec sa délégation, devant la grille principale du Parlement, selon son porte-parole.

Les députés se sont alors mis à secouer les grilles avec force, puis à les escalader, selon des images diffusées en boucle jeudi par la chaîne privée Channels.

"Une fois qu'on était à l'intérieur du Parlement, ils (les policiers) nous ont dit qu'on n'avait pas le droit d'entrer dans l'hémicycle", a déclaré M. Imam. "C'est au milieu de ce chaos qu'ils se sont mis à tirer des gaz lacrymogène sur le président" de la chambre.

La police a déclaré avoir agi après des informations selon lesquelles "des voyous et des bandits" cherchaient à "envahir" le Parlement.

Zakaria Mohammed, le porte-parole de la Chambre des représentants, a déclaré à l'AFP que la Chambre avait tout de même pu se réunir rapidement avant que M. Mark n'ordonne la fermeture du Parlement, et qu'elle avait pris la décision de rejeter la prolongation de l'état d'urgence.

"L'état d'urgence a pris fin, pour nous", a-t-il affirmé. Devant évacuer les lieux, les députés n'ont cependant pas pu voter en session plénière, selon lui.

Le président avait besoin de l'approbation des deux chambres du Parlement pour pouvoir prolonger l'état d'urgence, qui expirait ce jeudi.

On ignore toutefois quels changements implique l'expiration de l'état d'urgence sur le terrain, les pouvoirs exceptionnels conférés à l'armée, régulièrement accusée d'exactions, n'ayant jamais été énoncés publiquement.

Pour le défenseur des droits de l'Homme Jiti Ogunye, la scène de chaos au Parlement rappelle la période post-indépendance, dans les années 1960, quand le gouvernement, divisé, a fini par être renversé par l'armée.

"Nous sommes dans un état d'anarchie", s'est-il inquiété.

AFP

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