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Dans le Nord-Cameroun, les imams en campagne contre les "barbares" de Boko Haram

Face à l'enrôlement de jeunes recrues par le groupe islamiste armé nigérian Boko Haram, les autorités musulmanes du nord du Cameroun battent campagne pour contrer sa propagande et appellent à ne pas faire d'amalgame entre "barbares et islam tolérant".

Impossible de savoir combien ils sont, mais des sources sécuritaires locales parlent de "centaines de jeunes" qui auraient rejoint, depuis plusieurs mois, les rangs de Boko Haram.

Rien qu'à Kolofata, localité camerounaise frontalière du Nigeria, environ 450 jeunes ont été recrutés en deux mois, avait affirmé le vice-Premier ministre Ahmadou Ali, juste avant l'attaque de son domicile et l'enlèvement de son épouse (libérée depuis) en août.

Inquiètes, les autorités tentent de mieux contrôler les prêches et les enseignements dispensés dans les mosquées et les nombreuses écoles coraniques de la région. Un peu partout, des tracts "Non à Boko Haram" ont été placardés.

 

- 'Prime de recrutement' -

 

A Kourgui, à une vingtaines de kilomètres de la frontière camerouno-nigériane, l'imam Malloum Baba, assis sur une moto, discute avec des villageois. Originaire de l'Extrême-Nord, il fait régulièrement le voyage depuis Yaoundé, où se trouve sa mosquée.

"Nous sensibilisons la population dans nos mosquées, à travers les prêches du vendredi. Nous les exhortons à essayer de comprendre l'islam vrai et à ne pas tomber dans le piège de ces terroristes", explique-t-il à l'AFP.

"Boko Haram prétend prêcher l'islam alors qu'ils ne connaissent rien de l'islam. Le problème ici, c'est l'ignorance. Les gens n'interprètent pas forcément bien notre message", raconte-il.

Les frustrations sont grandes dans cette région au taux de pauvreté record (65%), où les jeunes, peu ou pas instruits, n'ont souvent d'autre choix que de cultiver un lopin de terre qui leur rapporte de maigres ressources, explique un lamido (chef traditionnel) sous couvert d'anonymat.

"Les gens sont coincés par le système parce qu'il ne sont pas allés à l'école et ne peuvent accéder à l'emploi. C'est toute cette masse là à laquelle il faut aujourd'hui prêter attention", explique ce banquier de formation, figure de l'élite intellectuelle musulmane dans le Nord. 

Il y a deux mois, Amadou Bachirou, un jeune commerçant de Maroua, la capitale de l'Extrême-Nord, a vu partir son ami d'enfance, à 25 ans. 

"Il était très pauvre et il a entendu que Boko Haram donne beaucoup d'argent. Il m'a dit +si tu veux on part ensemble+. Moi je ne peux pas. Mais je sais qu'il envoie l'argent à sa famille", raconte-t-il.

Selon des sources proches des services de renseignements, Boko Haram propose jusqu'à 500.000 Francs CFA (environ 760 euros) de "prime de recrutement", et un "salaire" mensuel de 100.000 FCFA. Une fortune pour des jeunes souvent sans ressources ou dont les revenus habituels dépassent rarement les 40.000 FCFA.

 

- Défendre 'l'islam de convivialité' -

 

En première ligne dans cette "guerre" de communication, les dignitaires musulmans sont confrontés à un dilemme dans les localités frontalières les plus vulnérables, où Boko Haram multiplient les attaques sanglantes depuis des mois.

"Au départ nous avons encouragé les imams à dénoncer directement Boko Haram dans leurs prêches, mais beaucoup de prédicateurs et d'enseignants se sont faits égorger, donc il a fallu revenir à un message plus général sur la paix et la tolérance pour ne pas les exposer", explique une haute autorité religieuse de Maroua.

Car "tout le monde est touché par Boko haram", rappelle cet imam: "nous ne connaissons pas l'idéologie de ce mouvement. Mais il ne faut pas confondre ces barbares avec notre islam tolérant. Malheureusement, beaucoup de gens tombent dans des explications simplistes qui voudraient que l'école coranique soit une porte d'entrée vers Boko Haram", déplore-t-il. 

Le porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, parle même d'un "islam de convivialité".

"L'islam au Cameroun est cet islam où les imams vont dans des églises pour des prières oecuméniques, c'est ça l'islam au Cameroun, c'est notre modèle sociétal et pour rien au monde nous sommes prêts à l'abandonner", dit-il.

Le message semble passer. Ces derniers mois ont vu se développer des "comités de vigilance" un peu partout dans les villages, afin d'éviter d'éventuelles infiltrations de Boko Haram.

"Souvent les villageois ne sont pas armés. Ils font surtout du renseignement, s'ils repèrent des comportements suspects, ils nous préviennent", raconte un officier camerounais; "Mais il y a quelques cas où des gars de Boko Haram se sont pris des coups de machette!".

AFP

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