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Cameroun: la guerre de Boko Haram se durcit

Attaques de localités jusque-là épargnées, armements de plus en plus sophistiqués: dans le nord Cameroun, le groupe islamiste nigérian Boko Haram, qui met l'armée sous pression depuis plusieurs semaines, pourrait profiter de la saison sèche pour étendre encore son champ d'action.

L'installation prochaine de la saison sèche "va augmenter les capacités de nuisances de Boko Haram", souligne le colonel Jacob Kodji, chef de la région militaire interarmées du Nord Cameroun.

Obstacles naturels entre le Cameroun et le Nigeria, les rivières commencent déjà à se tarir. "Les ponts ne seront plus des points de passage obligés. Ils peuvent donc passer partout sur la frontière, à n'importe quel moment avec tous les moyens, que ce soit des motos, des véhicules, des engins", explique à l'AFP le colonel.

En outre, les militaires estiment que le Cameroun est devenu une terre de conquête pour Boko Haram.

"Nous sommes convaincus que l'établissement d'un +califat+ (par Boko Haram) ne vise pas que le Nigeria mais aussi le Cameroun", assure ainsi Léopold Nlate Ebale, commandant du Bataillon d'intervention rapide (BIR, unité d'élite de l'armée camerounaise) en zone frontalière.

Amchidé, Kerawa, Fotokol... Jusque récemment, Boko Haram concentrait ses attaques au Cameroun sur les quelques postes frontaliers jouxtant les localités qu'il contrôle dans l'Etat nigérian de Borno. 

Il y a quelques mois encore, le Cameroun était surtout une "base arrière" du groupe pour se reposer et se ravitailler en armes et en nourriture.

Depuis, la donne a changé: le groupe islamiste intensifie ses attaques et mène des raids de plus en plus au sud. Ainsi selon l'armée, ces derniers jours dans les environs de Mokolo, ils ont égorgé des habitants sur des marchés en plein jour.

 

- Troupes formées par les Israéliens -

 

Les islamistes, qui se sont emparé d'une vingtaine de villes au Nigeria, se sont en outre constitué un véritable arsenal de guerre dans les bases de l'armée nigériane tombées entre leurs mains. 

Ainsi lorsqu'ils franchissent la frontière, ils n'usent plus seulement de kalachnikovs et de lance-roquettes, mais attaquent avec des blindés et posent des mines.

L'armée camerounaise, qui a déployé 2.000 soldats dans la région, dit avoir perdu 32 hommes depuis le début des opérations.

"Nos militaires tombent mais avant de tomber ils infligent toujours une correction, une punition inoubliable aux Boko Haram. C'est pour ça que notre frontière demeure infranchissable", assure à l'AFP le porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary.

Les autorités annoncent régulièrement avoir tué des centaines d'islamistes lors d'accrochages, chiffres invérifiables.

Tout le monde n'est pas aussi optimiste sur la capacité de résistance de l'armée camerounaise. Le Cameroun dispose certes de quelques 4.000 hommes bien entraînés au sein du BIR, formés par les Israéliens, mais il en va autrement pour l'armée régulière. 

 

- "Percer les lignes camerounaises" -

 

"Jusque-là, le dispositif militaire a eu à essuyer de grosses escarmouches. Mais si Boko Haram décidait de lancer une offensive massive, ils pourraient percer sans trop de difficulté les lignes camerounaises", estime sous couvert d'anonymat une source proche des services de renseignements.

Selon cette source, les succès enregistrés jusque-là par l'armée tiennent notamment au profil des insurgés agissant au Cameroun: souvent "de jeunes recrues" qui savent à peine se battre, les plus aguerris restant au Nigeria.

"Les Boko Haram à qui nous avons affaire sont formés en trois semaines: la 1ère semaine on leur donne de l'argent et de la drogue, la 2ème on leur apprend à monter et démonter une kalachnikov, et la 3ème, on les envoie au front", confirme un officier camerounais.

Certains militaires ne cachent pas leur inquiétude de voir Boko Haram arriver aux portes de villes plus importantes comme Maroua, la capitale de la région de l'Extrême-Nord, que le groupe est soupçonné d'avoir infiltrée.

L'armée camerounaise, critiquée dans un premier temps pour son inertie, se dit aujourd'hui "seule au front" pour combattre Boko Haram dans une guerre qui n'est pas la sienne, alors que des centaines de soldats nigérians ont fui au Cameroun à plusieurs reprises face aux combattants islamistes.

Les deux pays "partagent leurs renseignements, mais pas plus", en l'absence de "droit de poursuite" mutuel, indique-t-on avec fermeté au ministère camerounais de la Défense.

Une force régionale - Nigeria, Cameroun, Tchad, Niger se sont engagés à fournir 700 soldats chacun - doit entrer en action d'ici fin novembre, mais devrait essentiellement concentrer ses patrouilles sur la zone du Lac Tchad.

 

AFP

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