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Ebola: grossesses précoces et risques de violences sexuelles au Sierra Leone

On évite les contacts, on ne s'embrasse pas. Malgré ces précautions, l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest déclenche déjà une réplique inattendue: les grossesses précoces augmentent, et les indices d'une hausse des violences sexuelles se multiplient.

La fermeture des écoles, des stades, des cinémas, des lieux de concert et l'interdiction de tous les rassemblements publics afin d'éviter la propagation du virus laissent une jeunesse dés½uvrée, découragée.

Si la consigne "ABC" - pour "Avoid Body Contact", "Eviter les contacts corporels" - est maintenant intégrée par la population qui a renoncé à la poignée de mains et aux accolades, elle s'arrête au seuil de l'intimité.

Dans les dispensaires désertés par les femmes sur le point d'accoucher par crainte de contamination, les infirmières reçoivent de plus en plus de filles enceintes âgées de moins de 15 ans, et même 13 ans.

"Si vous vous attendiez à une baisse de la natalité, c'est plutôt le contraire", affirme Musab Sillah, directeur du centre de santé de Kuntorloh, un quartier populaire de Freetown, la capitale.

"Tout le monde recommande d'éviter les contacts mais, en même temps, les écoles sont fermées et il n'y a plus aucune activité sociale. Les filles restent à la maison et retrouvent les garçons", commente-t-il. 

Eugenia Bodkin, infirmière de Mabella, un quartier en surplomb du bidonville congestionné de Susan's Bay, assure également: "On voit de moins en moins de femmes en fin de grossesse mais de plus en plus de filles enceintes de deux, trois mois".

Un constat empirique des travailleurs de terrain que confirme sans détour Matthew Dalling, responsable de la Protection de l'enfance en Sierra Leone pour le Fonds des Nations unies pour l'Enfance (Unicef). 

"Nous n'avons aucune preuve ni aucun moyen actuellement de conduire une étude statistique à cause d'Ebola, mais on peut s'attendre à une augmentation des grossesses précoces", indique-t-il à l'AFP.

"C'est une présomption logique alors que 2,8 millions de jeunes sont privés d'école, qu'on ne travaille plus, que tout lâche", reprend cet expert, en poste depuis un an.

 

- 'Sexe transactionnel' -

 

M. Dalling rappelle que "38% des adolescentes sont enceintes avant 18 ans et la moitié des filles mariées avant 15 ans" dans le pays, un des plus pauvres du monde et qui connaît en temps normal l'insécurité alimentaire.

Ce qui amène une crainte supplémentaire: le développement du "sexe transactionnel" chez les jeunes. Ce n'est pas tout à fait de la prostitution, explique-t-il, "mais une relation en échange d'une faveur, un téléphone portable, du pain, un peu de nourriture".

"Le problème existait déjà avant. Il est difficile d'évaluer son augmentation mais, combiné à toutes les vulnérabilités, à l'absence d'écoles, à l'impossibilité de se rendre où que ce soit, il est logique qu'il doive se développer", souligne-t-il.

Cette crise, qu'accompagnent la peur du voisin, les mesures de confinement et les barrages routiers, renvoie les parents des jeunes Sierra-Léonais d'aujourd'hui, nés pendant les atrocités de la guerre civile (1991-2002), à leurs cauchemars, ajoute Matthew Dalling.

"La Sierra Leone est en train de vivre un traumatisme collectif avec Ebola, qui inflige stress, frustration et colère à la population. On s'attend à une explosion des violences sexuelles et des abus envers les femmes", estime l'expert de l'Unicef, assurant que l'organisation est en train de mobiliser les moyens pour y faire face.

Une organisation locale de défense des droits de l'homme, citée par les médias sierra-léonais, a ainsi rapporté une recrudescence des agressions sexuelles et viols sur des filles mineures, âgées parfois de 9 à 13 ans, souvent par des proches, dans la région de Kenema (sud-est), épicentre initial de l'épidémie.

A travers le pays, les parents s'angoissent. Pour protéger sa fille de 13 ans, Michael, un chauffeur de la capitale, a fait carrément le sacrifice d'un poste de télévision tout neuf: "J'ai peur qu'elle fasse des bêtises. Je préfère qu'elle reste regarder des films", avoue-t-il.

AFP

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