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Les prisonniers torturés de la «nouvelle Libye»

L'image de la «nouvelle Libye» est ternie par les vieilles méthodes d'arrestations arbitraires qu'utiliseraient le Conseil national de transition (CNT). C'est le constat du nouveau rapport d’Amnesty International sur la Libye publié le 13 octobre, qui dénonce les mauvais traitements et même la torture que subissent de milliers d’hommes incarcérés ces derniers mois par les forces anti-Kadhafi.

Ce rapport, basé sur une enquête mené dans des centres de détention libyens et des entretiens réalisés avec 300 prisonniers, montre que les forces du CNT ont arrêté et roué de coup de nombreux soldats de l’armée loyale à Kadhafi, mais aussi des sympathisants et des mercenaires présumés.

L’utilisation de la violence a été confirmée par deux gardiens dans deux centres de détention différents qui ont admis qu’ils frappaient des prisonniers pour leur extorquer des «aveux». Les équipes de l’organisation ont aussi découvert dans l’une des prisons «un bâton, une corde et un tuyau en caoutchouc, qui pourraient servir à frapper les prisonniers, y compris sur la plante des pieds —une méthode de torture baptisée falaqa».

Selon l’organisation basée à Londres, entre un tiers et la moitié des 2.500 personnes détenues par la milice d’opposition à Kadhafi sont des Africains subsahariens suspectés d’être des mercenaires. Elle explique que la plupart des prisonniers originaires d’Afrique subsaharienne, hommes et femmes, qu’ils ont interrogés, ont été arrêtés chez eux ou au niveau des checkpoints, et non pendant des affrontements. Aucun d’entre eux ne portait d’uniforme ou n’avait d’armes sur lui au moment de son arrestation.

Pour Hassiba Hadj Sahraoui, la directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International, le CNT doit faire cesser ces pratiques qui ne rompent pas avec le régime du colonel Kadhafi:

«Nous avons bien conscience que les autorités de transition sont confrontées à de nombreux problèmes, mais si elles ne rompent pas clairement avec le passé dès aujourd’hui, elles feront passer le message selon lequel il est toléré dans la nouvelle Libye de traiter les prisonniers de cette manière

Lors d’une réunion au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, le 10 septembre dernier, des membres du CNT ont réaffirmé leur engagement à réformer le système judiciaire et à s’assurer que les enquêtes et les procès se dérouleront normalement dans les plus brefs délais.

Lu sur Amnesty International