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Au Cameroun, le camp de Minawao confronté

Apollos Luka désigne la tente commune où vit depuis trois mois sa famille: "On y dort à 70, parfois 80". Dans le nord du Cameroun, le camp de Minawao peine à accueillir les milliers de réfugiés nigérians fuyant Boko Haram.

Les exactions du groupe islamiste armé au Nigeria, où il s'est emparé de nombreuses localités, ont jeté sur les routes des dizaines de milliers de personnes. Chaque jour, elles franchissent la frontière à pied, à dos d'âne ou en deux-roues. 

La population du camp, planté au milieu d'une plaine aride entourée de montagnes, est ainsi passée de 6.000 à 17.000 personnes en seulement deux mois. Désormais, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que 4.000 à 5.000 réfugiés arrivent dans la région camerounaise de l'Extrême-Nord chaque semaine, dont environ 70% de femmes et d'enfants nécessitant une assistance immédiate.

Le représentant spécial de l'ONU pour l'Afrique centrale, Abdoulaye Bathily, a prévenu jeudi: "si rien n'est fait dans l'urgence, il est fort probable que survienne une catastrophe humanitaire qui compliquerait davantage les défis sécuritaires".

- 'Que du riz et du maïs' -

Des cas de choléra et de malnutrition ont été signalés, car dans la promiscuité, "les maladies se propagent très vite", explique Apollos Luka.

"Beaucoup de personnes meurent. Quand ils arrivent, il n'y a pas de toilettes (...) Les gens cuisinent et font leurs besoins dehors, c'est terrible", déplore le jeune homme.

Un vieillard aux mains tremblantes, Barma Mala, se plaint du rationnement. "La nourriture n'est pas suffisante, on nous distribue une fois par mois seulement, on ne mange rien d'autre que du riz et du maïs", dit-il.

"Il a fallu construire dans l'urgence des sanitaires et des points d'eau, mais nous n'étions pas préparés à un tel afflux", confie un responsable du camp sous couvert d'anonymat.

A l'école primaire du camp, 16 professeurs se répartissent 1.500 élèves en uniforme bleu électrique, entassés dans des classes surpeuplées.

"Nous faisons ce que nous pouvons pour leur apprendre à lire, écrire et compter. Mais c'est compliqué dans ces conditions. Nous manquons de beaucoup de choses, surtout de cahiers", explique Albert Tamta, un enseignant. Lui a 156 élèves dans sa classe.

Sur les terres où sont installés les réfugiés les plus anciens - l'insurrection de Boko Haram a commencé dès 2009 dans le nord du Nigeria, faisant depuis plus de 10.000 morts - , les conditions de vie sont différentes. On s'organise, on moule des briques, et peu à peu, les maisonnettes en torchis succèdent aux tentes du HCR. 

Arrivés il y a un an de la région de Gwoza, dans le nord-est du Nigeria, Ayuba Ishaku et sa femme savent que l'exil va durer. Dans leur minuscule case en terre, une marmite fumante de riz est sur le feu.

"C'est impossible de rentrer chez nous, c'est trop dangereux. Je voudrais trouver un travail, ici au Cameroun, mais ils ne parlent pas la même langue que chez nous. Je me sens un peu perdu", explique le jeune homme.

- Risques d'infiltration -

Beaucoup de réfugiés nigérians - ils sont plus de 40.000 au total au Cameroun, et plus de 100.000 au Niger, selon l'ONU - saluent l'accueil des autorités camerounaises pour mieux dénoncer l'incompétence du pouvoir nigérian, qui les a "abandonnés", et de son armée qui fuit devant les insurgés de Boko Haram.

Mais dans le camp, comme dans toute la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, on craint que des islamistes se soient infiltrés dans la population: ils ont multiplié ces derniers mois enlèvements et attaques au Cameroun.

"Nous avons repéré trois personnes qui faisaient partie des Boko Haram et nous les avons aussitôt dénoncées", affirme John, originaire de Pulka (Nigeria), dont la communauté chrétienne vit certes dans le camp, mais à l'écart des autres - comme au Nigeria, divisé entre le Nord majoritairement musulman et le Sud essentiellement chrétien.

Régulièrement, "les soldats du BIR (Bataillon d'intervention rapide, unité d'élite de l'armée camerounaise) viennent. Ils bouclent le camp et procèdent à des fouilles systématiques", explique un travailleur humanitaire.

Selon lui, plusieurs arrestations ont déjà eu lieu. "C'est vrai qu'il est impossible de tout contrôler", reconnaît-il.

AFP

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