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Sierra Leone: enterrer dignement les morts d'Ebola pour protéger les vivants

Le corps emballé est présenté aux proches. Une prière, quelques mots, puis il est emporté en douceur. Chaque geste est expliqué, détaillé par la Croix-Rouge sierra-léonaise: au temps d'Ebola, il faut respecter les morts pour protéger les vivants.

L'évacuation à la hâte des corps par des hommes déguisés en cosmonautes, sans un mot pour les familles qui ignorent où sont emportés leurs proches (voire quand, lorsqu'ils meurent à l'hôpital), par souci d'éviter toute propagation, a entravé la lutte contre l'épidémie.

Les autorités sanitaires ont finalement intégré la nécessité de funérailles non pas seulement "sécurisées", mais aussi "dignes", pour convaincre la population de renoncer aux rites traditionnels avec lavage et toucher des corps, particulièrement importants dans l'islam majoritaire en Sierra Leone et en Guinée.

La semaine dernière, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié de nouvelles règles de "Safe and Dignified Burial" (SDB), approuvées par les autorités musulmanes et chrétiennes.

Par apport aux précédentes épidémies d'Ebola en Afrique, "cette fois nous avons inclus les dirigeants religieux pour préciser les pratiques" cultuelles, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'OMS.

Dans la capitale sierra-léonaise Freetown, où l'épidémie flambe, la Croix-Rouge locale qui se charge de ramasser les corps, hautement contagieux, garantit depuis plus d'un mois déjà aux familles un "enterrement sécurisé dans la dignité". 

L'OMS évalue désormais à 20 % la part des  pratiques funéraires coutumières dans les nouvelles infections. Mais les autorités estiment que ce taux peut aller jusqu'à 60% dans certains districts ruraux, et même à Freetown.

Ce jour-là, la Croix-Rouge est appelée pour enlever deux corps dans le quartier de Wellington, où les cas se multiplient, affirme Thomas Abu, directeur des opérations. Le temps d'arriver sur place, deux autres, puis six, sont signalés.

Les proches attendent le convoi en bordure du chemin cabossé qui grimpe jusqu'à la maison. Des hommes au visage grave conduisent l'équipe directement vers la victime, une femme de 43 ans morte au matin.

Mustapha Rogers les arrête sous un arbre et s'avance: "Je suis chargé des relations avec les familles", lance-t-il. Puis il détaille le déroulé des opérations.

Personne, dit-il, ne touchera le corps - il s'assure que personne ne l'a fait - qui doit être enlevé par des hommes entièrement équipés, bottés, gantés, masqués. Il sera alors glissé dans une bâche blanche, moins sinistre que les plastiques noirs.

- Numéro d'urgence, le 117 -

 

Si le mort est musulman, il est préalablement enroulé dans un linge blanc, selon la tradition. Mais ce n'est qu'une fois empaqueté et désinfecté qu'il est présenté à la famille, invitée à déléguer quelques membres au cimetière pour repérer la tombe.

"S'il est chrétien, on appelle un pasteur, s'il est musulman, un imam", assure Mustapha. Pendant ses explications, les fossoyeurs s'approchent avec leurs combinaisons qu'ils n'enfilent qu'en présence des familles.

"Ainsi, elles peuvent voir qu'ils s'agit bien d'humains", glisse Thomas Abu. Une fois vêtus, l'équipe - composée surtout d'étudiants et de chômeurs - s'enfonce dans le chemin à travers les gombos en fleurs.

Pendant ce temps, Mustapha continue de marteler les fondamentaux: "Ne pas toucher les corps, ne pas les laver".

Il en profite pour noter un numéro de téléphone et le nombre de proches présents: le début d'une enquête de voisinage pour circonscrire une éventuelle quarantaine si le mort est testé "positif" - des infirmiers prélèvent un échantillon de sang sur chaque corps.

Pendant qu'il parle, une femme lui présente un document: justement elle a appelé le numéro d'urgence, le "117", est-ce qu'on vient chercher le malade?

Depuis deux semaines, Wellington est un foyer de l'épidémie. Le frère de la morte explose. Lui aussi hier a composé le 117: l'ambulance est venue mais avec un mauvais nom et a refusé de l'emporter. "Elle a souffert terriblement et personne n'a pu lui porter secours", hurle-t-il. "C'est comme ça qu'on combat Ebola dans ce pays?!".

Les 10 équipes de 10 de la Croix-Rouge tournent toute la journée avec leurs vans essoufflés. En fin d'après-midi, à l'arrivée au King Tom Cemetery, l'ancien cimetière militaire de la Seconde Guerre mondiale reconverti, près de 70 corps vont être enterrés. Tous traités comme des victimes d'Ebola - en attendant d'en savoir plus.

Noyé de chagrin, l'homme au costume plante un arbuste sur la tombe fraîche de sa s½ur et prend en photo le numéro: 841. Au moins saura-t-il la retrouver.

AFP

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