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Cameroun:

ààUn silence de mort angoissant pèse sur les ruelles poussiéreuses d'Amchidé. L'immense majorité des habitants de cette petite ville à cheval entre Cameroun et Nigeria, ont fui il y a plusieurs semaines déjà, terrorisés par les islamistes armés de Boko Haram.

Les rires joyeux des enfants, les boubous colorés et les marmites fumantes dans les cours des maisonnettes en brique ou en torchis: tout cela a disparu d'Amchidé, aujourd'hui ville fantôme. Sur la place du marché, vaste étendue de sable déserte, les paillotes des commerçants pourrissent, abandonnées. 

Désormais, la seule présence humaine notable est la base militaire de l'armée camerounaise, retranchée à quelques 800 mètres de la frontière.

"Avant c'était une ville très animée, il y avait foule. Les Tchadiens, les Camerounais et les Nigérians venaient ici et commerçaient tout et n'importe quoi", se désole Abba, originaire d'un village voisin.

Les habitants d'Amchidé ont connu plusieurs incidents depuis un an, mais leur quotidien a véritablement basculé lorsque Boko Haram s'est emparé début septembre de la localité de Banki, prolongement de la ville côté nigérian.

Les combattants islamistes multiplient depuis les incursions, commettant de sanglantes attaques en territoire camerounais, égorgeant des civils - chrétiens comme musulmans -, ou tirant des roquettes depuis leurs positions nigérianes.

 

- Blindé calciné -

 

"Presque tous les jours ça tire", explique un officier du Bataillon d'intervention rapide (BIR, unité d'élite de l'armée camerounaise) sur place, qui préfère taire son nom pour des raisons de sécurité.

A plusieurs centaines de mètres de leur base principale, des dizaines de soldats sur le qui-vive occupent un poste avancé. Certains sont couchés derrière des sacs de sable, en observation, d'autres embusqués, fusil d'assault en main. Tout autour, la végétation de la savane arborée favorise les mouvements des combattants de Boko Haram. 

Le 15 octobre, le groupe a mené à partir de Banki une attaque d'une "ampleur inédite", s'en prenant directement avec de l'armement lourd à la base militaire, selon le commandant Leopold Nlate Ebale, chef des opérations dans la zone frontalière. 

Une voiture kamikazé a traversé Amchidé pour venir se faire exploser aux abords du camp, suivie par un blindé et un pick-up qui ont tous deux été "neutralisés", selon le commandant. Les combats ont ensuite duré deux jours.

Les stigmates de l'attaque sont encore visibles: les carcasses carbonisées du blindé et du véhicule gisent devant l'entrée du camp.

Ce jour-là, d'après la version officielle, impossible à confirmer, 107 membres de Boko Haram ont été tués, mais aussi huit hommes du BIR et 86 civils. 

 

- Bombardements des positions de Boko Haram -

 

"Nettoyer" Amchidé est une tâche d'autant plus compliquée que la frontière n'est pas matérialisée: "lorsqu'on entre dans une maison par une porte au Cameroun, on peut en sortir côté nigérian", et les islamistes armés peuvent se cacher un peu partout, commente un responsable. 

"Les Boko Haram sont imprévisibles, ils sont comme des fantômes", renchérit un soldat.

Pour repousser la menace, l'armée camerounaise affirme qu'en l'absence de "droit de poursuite" dans les pays voisins, elle ne mène aucune action terrestre au Nigeria. En revanche "pour se protéger en cas d'agression", assument certains officiers, ils peuvent bombarder l'autre côté de la frontière. 

Ainsi, lundi, une nouvelle offensive de Boko Haram a amené le BIR à riposter et 36 obus ont été tirés, affirme l'un d'eux.

Dans les villages à la ronde, la population tente de mener "une vie normale" malgré les tirs de roquettes et des coups de feu quasi quotidiens. 

A Kourgui, à une vingtaine de kilomètres d'Amchidé, "on a peur que Boko Haram arrive jusque-là", s'inquiète Oumaté Mohamed, assis à l'ombre d'un grand arbre.

Ces dernières semaines, témoigne le vieil homme, "beaucoup d'habitants sont passés par là, ils fuyaient la violence" en zone frontalière. Certains se sont arrêtés à Kourgui, mais la plupart ont continué leur chemin vers les villes de l'intérieur.

De plus, dans cette région aride marquée par la pauvreté où la culture du mil et du coton sont les principales activités, l'arrêt des échanges commerciaux avec le Nigeria est un coup dur.

"Avant, tout venait du Nigeria, même l'essence, mais on ne peut plus y aller maintenant, explique un cultivateur vêtu d'une longue robe blanche, Baba Chetima. Les gens n'ont plus rien".

 

 

 

AFP

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