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Afrique du Sud: l'explosion de la centrale syndicale Cosatu, un séisme

Un syndicat doit-il soutenir sans faille un parti au pouvoir qui ne l'écoute pas? La question est sur le point de faire exploser le Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu), au risque de provoquer un séisme politique en déstabilisant l'ANC.

Après des mois de procès d'intentions, de petites phrases, de déclarations enflammées et d'anathèmes, la direction du Cosatu a exclu samedi le syndicat des métallos Numsa, l'une de ses 21 composantes, et la plus importante numériquement avec près de 350.000 adhérents (sur 2,2 millions).

Le Numsa ne cessait depuis plusieurs mois de critiquer la "politique néolibérale" de l'ANC, qu'il a refusé de soutenir pour les élections législatives de mai dernier. Pire, il a annoncé le prochain lancement de sa propre formation politique, d'inspiration marxiste-léniniste, qui promet une opposition radicale au parti dominant.

Sept autres syndicats ont suspendu leur participation aux instances du Cosatu par solidarité avec le Numsa, laissant présager une implosion de la centrale syndicale. Et les noms d'oiseau ont fusé, le secrétaire général du syndicat des métallos traitant par exemple celui de l'ANC de "crétin".

"Il s'agit sans conteste de l'évolution politique la plus importante de l'histoire de l'Afrique du Sud post-1994", depuis l'arrivée au pouvoir de l'ANC, estime le politologue Dale McKinley, tandis que l'économiste Raymond Parson a évoqué un "séisme politique et économique".

Depuis sa fondation en 1985 --au temps de la lutte contre le régime d'apartheid--, le Cosatu est allié à l'ANC et au Parti communiste sud-africain (SAPC), de nombreux responsables ayant une double casquette ANC-syndicat. 

Et le Cosatu a toujours mis son appareil au service de ses alliés pour mobiliser les électeurs, et aussi les aider financièrement.

Mais la centrale syndicale ne cesse d'avaler des couleuvres, le grand frère ANC restant sourd à la plupart de ses revendications, de l'interdiction du recours à l'intérim au refus d'un salaire inférieur pour les jeunes en passant par la lutte contre les péages sur les grands axes du pays.

Agitation sociale

Sur le terrain, de nombreux adhérents sous-payés sont las des appels à être "raisonnables" dans leurs revendications salariales, alors que les cadors de l'ANC siègent aux conseils d'administration des grands groupes du pays. D'où un ressentiment de plus en plus sensible, d'autant que la redistribution des richesses reste un v½u pieux vingt ans après l'arrivée au pouvoir du parti de Nelson Mandela. 

Le mouvement de contestation est parti des mines de platine, amplifié par le massacre de 34 grévistes par la police à Marikana (nord) en août 2012. Le syndicat radical Amcu a défié la toute puissance du Cosatu, réussissant à obtenir de plus importantes augmentations de salaires que lui. Et le Numsa lui a emboîté le pas, lançant en juillet une grande grève qui a désespéré les responsables de l'ANC alors que l'économie sud-africaine est fragile.

"Je crains que l'agitation sociale augmente en Afrique du Sud", dit l'analyste Daniel Silke, les syndicats étant selon lui de plus en plus enclins à s'éloigner des structures de négociation traditionnelle. 

"Clairement, il va y avoir des rivalités intra- et intersyndicales", tandis que l'ANC "aura du mal à garder le contrôle" de la situation, juge-t-il. Une prédiction peu enthousiasmante tant les conflits sociaux peuvent être sanglants en Afrique du Sud.

Sur le plan politique, l'ANC --lui-même divisé-- est déjà confronté à une première dissidence sur son flanc gauche, avec la fondation des Combattants pour la liberté économique (EFF) du tribun populiste Julius Malema (exclu de l'ANC en 2012). 

Toujours auréolé de sa victoire sur l'apartheid, l'ANC a remporté les législatives de mai avec 62,2% des voix mais les EFF ont dépassé les 6%.

"L'exclusion du Numsa permet d'espérer une alternative politique" pour les déçus de l'ANC, écrit Dale McKinley. Le "Front uni" d'extrême-gauche que propose le syndicat des métallos pourrait en particulier attirer ceux que les outrances de Malema font hésiter.

"Est-ce que l'ANC sera plus faible?", a interrogé son secrétaire général Gwede Mantashe. "Je crois qu'il n'ira pas aussi bien que quand il avait un allié fort et bien portant."

 

AFP

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