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Crimes de guerre en RDC: 10 ans de prison pour un ex-rebelle promu général

Un ancien chef de milice congolais, promu général à la faveur de sa réintégration dans l'armée, a été condamné vendredi à Kinshasa à dix ans de prison ferme pour des crimes de guerre perpétrés dans l'est du pays il y a une dizaine d'années.

La Haute cour militaire congolaise a estimé que le général Jérôme Kakwavu était personnellement coupable de crimes de guerre et lui a également reproché de n'avoir "pas pris les mesures nécessaires" pour empêcher des "crimes de guerre par meurtre" commis par ses combattants.

Au chapitre des crimes de guerre imputés à l'accusé, le tribunal a retenu des viols répétés sur deux mineures, deux meurtres et des actes de tortures sur deux autres personnes.

La Haute Cour est allée au-delà des réquisitions du ministère public, qui avait requis huit ans de servitude pénale contre ce général de brigade, alors que le viol est passible de vingt ans d'emprisonnement en RDC.

Les faits incriminés remontent à 2003-2004, alors que Jérôme Kakwavu dirigeait les Forces armées populaires du Congo (FAPC), l'une des nombreuses milices qui se sont affrontées en Ituri de 1999 à 2007 sur des bases essentiellement ethniques pour le partage des richesses naturelles (l'or notamment) de ce district de l'est de la République démocratique du Congo.

Le général Kakwavu est le premier officier général congolais condamné par la justice de son pays pour crimes de guerre depuis le début de la première guerre du Congo (1996-1997).

Promu général à l'occasion du ralliement de sa milice au gouvernement en décembre 2004, il n'est pas resté longtemps en fonction puisqu'il fut arrêté début 2005, à la suite de pressions internationales.

Avant de donner son verdict, le tribunal a lu pendant trois heures ses attendus et un rappel des faits devant l'accusé, debout en uniforme, les traits crispés.

Ancien commando des Forces armées zaïroises (FAZ) du maréchal Mobutu Sese Seko, Jérôme Kakwavu, qui avait plaidé non-coupable, est passé par une succession de groupes armés pendant la période noire qui a suivi la chute du dictateur congolais en 1997.

 

- Rabatteurs d'adolescentes -

 

Il fonde les FAPC en 2003 après avoir quitté une autre milice combattant en Ituri : l'Union des patriotes congolais (UPC). Se taillant un territoire dans la région d'Aru, près de la frontière avec l'Ouganda, il y crée alors un mini-Etat.

Le tribunal a conclu qu'il avait fait de l'une des deux plaignantes violées son esclave sexuelle.

Notant que le général avait un "penchant pour les adolescentes" et qu'il avait embauché des rabatteurs pour lui en livrer, la Cour a regretté que "plusieurs autres victimes" n'aient pas osé porter plainte, "par pudeur, par peur de représailles ou par peur d'être stigmatisées." Aucun des plaignants en vie n'était présent à l'audience.

Me Charlène Yangazo, avocate du condamné, a indiqué à la presse qu'elle étudiait la possibilité d'un recours pour que son "client soit rétabli dans ses droits".

Me Théodore Mukendi, avocat des parties civiles, a déclaré à l'AFP que le verdict était à ses yeux un "motif de satisfaction pour les victimes".

La justice arrive néanmoins tardivement pour celles qui ont osé porter plainte, et à la suite de pressions internationales.

Le nom du général Kakwavu, dont le procès s'était ouvert en 2011, figurait sur une liste de cinq officiers des Forces armées de la RDC dont l'ONU avait demandé en 2009 le défèrement en justice.

Le conflit en Ituri a été marqué par des atrocités commises par toutes les parties en présence et a fait au moins 60.000 morts, selon diverses ONG.

Chef d'une milice d'Ituri de moindre importance, Yves Khawa Panga Mandro a été condamné en août dernier à neuf ans de prison pour crimes de guerre.

Pour l'heure, la justice pour les crimes commis en Ituri est venue principalement de la Cour pénale internationale de La Haye, qui a condamné deux des principaux chefs de guerre ayant pris part au conflit: le chef de l'UPC, Thomas Lubanga (à 14 ans de prison en 2012), et un de ses rivaux, Germain Katanga (à 12 ans, en mai). 

La Cour juge actuellement un autre acteur du conflit, Mathieu Ngudjolo Chui, acquitté en première instance, et doit ouvrir en 2015 le procès de Bosco Ntaganda, ancien chef d'état-major de l'UPC.

AFP

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