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Afrique du Sud: le foot déclare la guerre aux armes

C'est un appel digne d'un pays émergeant d'une guerre civile que la fédération sud-africaine de football a lancé après le meurtre tragique du capitaine de son équipe nationale: collecter les armes à feu illégales en échange d'une amnistie.

Les armes seraient fondues pour ériger un monument au gardien de but des Bafana Bafana Senzo Meyiwa, victime à 27 ans d'un cambriolage qui a mal tourné fin octobre. 

"Plus nous recevrons d'armes, plus la statue sera grande", a souligné à l'AFP Dominic Chimhavi, porte-parole de la fédération de football (Safa).

Les détails sont encore à régler avec les ministères de la Police et de la Justice pour décider où, quand et comment les armes seront restituées, et garantir qu'il n'y ait pas d'arrestations, ni questions posées. 

"Parce que si on pose des questions, les gens auront peur", dit-il. Mais, poursuit M. Chimhavi, "on a perdu un tel héros, notre capitaine, notre gardien de but, vous comprenez. Cette mort a vraiment touché le pays, les gens sont unanimes. N'oubliez pas que (...) le Orlando Pirates (le club du défunt) c'est notre Liverpool ou notre Manchester United à nous".

"Et les types disent +Non (...) maintenant on veut rendre ces flingues (...) mais on veut une amnistie. Trop c'est trop", ajoute-t-il, alors que personne n'a oublié les larmes du président de la fédération Danny Jordaan à l'annonce du décès du N.1 international. 

"C'est mûr, la pression publique est là, si Safa pousse, il y a une possibilité que ça se fasse", observe aussi Claire Taylor de Gun Free SA, une association qui milite pour un port d'armes légal plus restrictif.

L'Afrique du Sud a déjà organisé trois collectes volontaires d'armes illégales, en décembre 1994 puis 2005 et 2010. 

Malgré ça et en dépit d'une législation déjà contraignante, le problème des armes à feu, en partie hérité des années de lutte contre l'apartheid, demeure.

- "Des criminels ont des ports d'armes" -

Après vingt ans de démocratie, les armes n'arrivent plus en contrebande, mais beaucoup de gens sont armés, souvent légalement, par manque de confiance dans la police. 

"La loi est très stricte sur comment conserver son arme. Le problème une fois de plus est que les gens ne sont pas sérieux", observe Francois Beukman, député ANC et président de la commission Police qui promet une grande table-ronde en février.

"Ca signifie qu'il faut s'assurer que seuls des gens responsables obtiennent une licence, et qu'il y en ait moins", estime pour sa part Mme Taylor, qui observe aussi de la fraude au service de police (CFR) chargé de délivrer les licences. 

"Des criminels ont obtenu des ports d'armes", constate Mme Taylor. Deux responsables ont été suspendus pour corruption en 2013. 

L'Afrique du Sud compte 1,8 million de propriétaires d'armes à feu déclarés et 3,2 millions d'armes légales selon Gun Free SA. Pour les armes en circulation illégale, c'est beaucoup plus flou: entre 400.000 et 4 millions.

Ces armes de poing contribuent à un nombre d'homicides élevé -- 47 par jour en moyenne en 2013-14 --, avec d'autres facteurs tels que la violence endémique, en politique, dans la famille, et même à l'école avec les châtiments corporels.

L'appel des footballeurs à faire le ménage pourrait faire réagir le gouvernement.

Aux obsèques de Senzo Meyiwa, le ministre à la présidence Jeff Radebe a évoqué la nécessité pour les Sud-Africains de décider entre "autodestruction ou coexistence pacifique", saluant un débat "bienvenu".

Même les plus hauts placés ne sont pas à l'abri d'une agression. Le porte-parole du parti au pouvoir Jackson Mthembu a été hospitalisé dix jours en octobre, après avoir été blessé par balle à un distributeur de billets.

"A chaque amnistie, des armes ont été rapportées. On peut faire mieux bien sûr mais c'est un moyen pas cher et relativement simple de retirer des armes des mauvaises mains", justifie Natalie Jaynes, membre de l'ONG Open Society.

"La dernière fois, le ministre de la Police avait nommé des observateurs civils pour vérifier que les armes étaient bien rendues à la police, correctement enregistrées et envoyées à la destruction" a-t-elle rappelé. "Dans un pays où l'on a un problème d'application de la loi sur les armes, c'est très utile".

AFP

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