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Le "joueur typique africain" de Sagnol continue

Appel au boycott, demandes de sanctions: les propos de l'entraîneur bordelais Willy Sagnol sur "le joueur typique africain" ont continué mercredi à susciter des réactions indignées, malgré l'appel du président des Girondins à faire cesser une polémique à son sens "injustifiée".

Le Parti socialiste a condamné mercredi les propos de l'ancien sélectionneur de l'équipe de France Espoirs, demandant qu'il soit "sanctionné par la Fédération française de football et, s'il s'agit là d'une +maladresse+ comme l'a déclaré M. Noël Le Graët, président de la FFF, (qu'il) s'explique et présente des excuses publiques".

Ancien président de l'Olympique de Marseille, Pape Diouf a lui pris la plume pour s'insurger, dans une tribune au quotidien Le Monde: "Cette sortie est inscrite dans l'ordre normal de l'époque. Et de toute façon, Sagnol n'a à redouter aucune sanction ni administrative ni morale", a jugé celui qui fut l'agent de nombreux joueurs africains avant de prendre les rênes de l'OM, de 2005 à 2009.

Compétent en la matière, le Conseil national de l'éthique de la FFF aurait toutefois la faculté de se saisir de cette affaire, selon son règlement.

 

- Diouf pour un boycott -

Fustigeant le "communiqué de soutien des Girondins de Bordeaux" à leur entraîneur et "les propos disculpants de Thierry Braillard, secrétaire d'Etat aux Sport" qui, lui, a évoqué "une simple maladresse", Pape Diouf a exhorté les joueurs africains ou africains d'origine à ne plus "courber l'échine".

Et il ne voit qu'"une seule manière de casser cette routine: que tous les joueurs issus d'Afrique (...) décident de ne pas prendre part à une prochaine journée de championnat".

Willy Sagnol avait tenu ses propos controversés lors d'un entretien avec des lecteurs du quotidien Sud Ouest au cours duquel, en réponse à une question sur les absences liées à la Coupe d'Afrique des Nations, il avait annoncé son intention de diminuer à l'avenir le nombre de joueurs africains dans son effectif.

L'entraîneur bordelais avait alors notamment lâché: "L'avantage du joueur typique africain, c'est qu'il est pas cher", "c'est un joueur qui est prêt au combat généralement, qu'on peut qualifier de puissant sur un terrain". "Mais le foot, ce n'est pas que ça. Le foot c'est aussi de la technique, de l'intelligence, de la discipline, il faut de tout. Des Nordiques aussi", avait-il enchaîné.

Mardi déjà, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), SOS Racisme et son ancien partenaire au sein des Bleus Lilian Thuram s'étaient élevés contre les déclarations de Willy Sagnol, dans lesquels ils ont vu, au mieux, l'expression de "préjugés", au pire "du racisme ordinaire".

Mercredi, SOS Racisme a annoncé la saisine des instances de discipline du foot tout en se réservant la possibilité de porter l'affaire devant les tribunaux.

 

- Sané:'Pas d'idées tordues' -

Mercredi matin, Jean-Louis Triaud, le président des Girondins de Bordeaux, a tenté d'éteindre une polémique selon lui injustifiée: "On ne veut pas donner plus d'ampleur à ce qui se passe, surtout qu'on trouve ça totalement injustifié. Il faut arrêter, sincèrement, a-t-il déclaré à l'AFP. Tous ceux qui connaissent Willy Sagnol savent qu'il est tout sauf raciste. L'interprétation de ce propos est totalement erronée".

A Bordeaux, Sagnol a aussi reçu le soutien du président de la Fondation du Mémorial de la traite des noirs, Karfa Diallo, qui déplore "une sur-interprétation de ses propos" depuis deux jours.

"Ces propos relèvent plus de la maladresse que du racisme pur, estime-t-il. Ici, il est question de culture de jeu: la puissance versus la technique, et le +jouer-personnel+ versus le +jouer-collectif+". "Je pense donc que Willy Sagnol a surtout voulu dire que les centres de formation en Afrique privilégient la puissance, la combativité et l'individualité plutôt que la technicité et l'intelligence de jeu collectif".

"Ce qu'on peut demander à Willy Sagnol, ce serait surtout des précisions sur ses propos maladroits et cette généralisation", poursuit Karfa Diallo.

Le défenseur international sénégalais Lamine Sané, nommé capitaine par Sagnol en début de saison, lui a également apporté son soutien sur France Bleu Gironde, tout en admettant que son entraîneur avait été "maladroit": "On connaît l'homme et c'est quelqu'un de très bien, et il n'a vraiment pas d'idées tordues ou d'esprit mal placé. Il a confiance en tous les joueurs de couleur qu'il y a dans cette équipe, et cette équipe a pas mal de joueurs de couleur". 

 

AFP

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