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Zambie: Michael Sata, le "Roi Cobra"

Le président zambien Michael Sata, décédé à 77 ans mercredi, se voulait champion des plus pauvres et pourfendeur de la corruption, mais son passage au pouvoir depuis près de trois ans a surtout été marqué par des tentations autoritaires.

Surnommé le "Roi Cobra" pour son franc parler, il avait remporté à sa quatrième tentative l'élection présidentielle zambienne de 2011. Michael Sata avait alors battu le sortant Rupiah Banda, dont le mouvement --qu'il a lui-même quitté en 2001-- était au pouvoir depuis les premières élections multipartites de 1991.

Vieux routier de la politique zambienne, cet ancien gros fumeur, qui avait déjà survécu à une attaque cardiaque en 2008, se considérait comme social-démocrate. 

D'origine modeste, il avait été officier de police, puis employé des chemins de fer et syndicaliste, à l'époque coloniale. Son ascension "depuis ses humbles débuts jusqu'à la plus haute fonction nous donne à tous une importante leçon: une personne capable peut surmonter les obstacles les plus redoutables", a déclaré mercredi le président kenyan Uhuru Kenyatta.

Sata était proche du président zimbabwéen Robert Mugabe, et a longtemps inquiété les investisseurs en promettant l'adoption d'une loi faisant passer 25% du capital des entreprises étrangères aux mains de Zambiens de souche.

Volontiers populiste, il s'était également fait une spécialité de pourfendre les Chinois, très présents en Zambie, notamment dans les mines de cuivre. Mais ce catholique, père de huit enfants, s'est montré beaucoup plus conciliant une fois parvenu au pouvoir.

En 2011 comme pendant la campagne précédente en 2008, il a promis qu'il transformerait le pays en quatre-vingt-dix jours. "Moins d'impôts et plus d'argent dans vos poches", répétait-on dans ses meetings où affluaient des Zambiens défavorisés et qui voyaient en lui un possible sauveur.

Il avait choisi une Arche de Noé comme symbole et paradait dans les rues juché sur un hors-bord tiré par une remorque sur lequel les Zambiens étaient invités à se réfugier pour échapper à la pauvreté et au sous-développement.

Et dans sa biographie officielle, il se vantait de ne jamais boire d'eau en bouteille, expliquant qu'il continuerait ainsi "jusqu'à ce que tous les Zambiens ait accès à de l'eau propre".

Son passage au pouvoir n'a cependant pas bouleversé la Zambie. Michael Sata laisse un pays en pleine croissance grâce au cuivre, mais avec des finances publiques en mauvais état. Plus de 60% des Zambiens vivent sous le seuil de pauvreté.

 

- Parfait apparatchik -

 

Il avait fait de la lutte contre la corruption un de ses principaux thèmes de campagne, et s'est ensuite lancé dans une vaste "opération mains propres".

Mais il a aussi été accusé de s'en être servi comme prétexte pour abattre l'opposition, multipliant les poursuites contre ses adversaires, comme son prédécesseur Rupiah Banda. Des journalistes ont aussi été victimes d'arrestations et un site internet d'opposition fermé, alors qu'il avait promis une presse libre de toute interférence politique.

Tandis que les mouvements de l'opposition ne pouvaient tenir de meetings et que son projet de Constitution révisée restait mystérieusement secret, il a dû assurer en septembre 2013 qu'il ne comptait pas faire de la Zambie un pays à parti unique. 

Né le 6 juillet 1937, Michael Sata était entré en politique dans les années 1970 et a fait une carrière de parfait apparatchik jusqu'à devenir gouverneur de la capitale Lusaka en 1985. 

Proche de l'ancien président Kenneth Kaunda --le père de l'indépendance zambienne--, il s'en est détaché pour rejoindre le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD) avant les premières élections multipartites en 1991.

Il a alors occupé alors plusieurs postes ministériels avant de devenir ministre sans portefeuille, numéro trois du gouvernement.

Juste avant les élections de 2001, il a quitté le MMD pour se présenter sous les couleurs de son propre parti, le Front patriotique (PF), mais n'a obtenu que 3,4% des voix.

Nouvelle défaite en 2006, mais cette fois avec 29,4%. Il a alors dénoncé des élections truquées, et plusieurs jours d'affrontements entre ses partisans et les forces de l'ordre ont secoué Lusaka.

C'est de peu, de 35.000 voix, qu'il a été battu par Rupiah Banda --40,1% contre 38,1%-- en 2008, à la mort du président Levy Mwanawasa, et des violences ont à nouveau éclaté. 

Michael Sata a pris sa revanche en 2011, battant largement le sortant avec 42% des suffrages contre 35,4%.

 

AFP

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