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L'Ethiopie torture les Oromo, les accusant d'opposition au gouvernement

L'Ethiopie "vise de façon impitoyable" et torture son plus grand groupe ethnique, les Oromo, perçu comme un groupe d'opposition au gouvernement, accuse Amnesty international dans un rapport publié mardi.

Des milliers d'Oromo font "régulièrement l'objet d'arrestations arbitraires, de longues détentions sans inculpation, de disparitions forcées, d'actes répétés de torture et d'exécutions extrajudiciaires", affirme le rapport, sur la base de plus de 200 témoignages.

"Des dizaines de dissidents, avérés ou supposés, ont été tués", poursuit-il. 

Toujours selon Amnesty, au moins 5.000 Oromo ont été arrêtés depuis 2011, souvent sous les "prétextes les plus vagues", pour leur opposition, encore une fois avérée ou supposée, au gouvernement.

Nombre d'entre eux sont accusés de soutien au groupe rebelle Front de libération Oromo (OLF).

D'ex-détenus ayant fui le pays ont été interrogés par Amnesty depuis le Kenya, le Somaliland ou l'Ouganda.

Ils ont décrit au groupe de défense des droits de l'Homme des cas de torture, dont des "passages à tabac, l'administration de décharges électriques, des simulations d'exécution, des brûlures infligées avec du métal chauffé à blanc ou du plastique fondu, des viols dont des viols en réunion".

Une jeune fille raconte que du charbon ardent a été jeté sur son ventre parce que son père était soupçonné de soutenir l'OLF. Un enseignant comment on lui a enfoncé une baïonnette dans l'oeil parce qu'il refusait de relayer "la propagande du parti au pouvoir" auprès de ses élèves.

Le gouvernement éthiopien n'a pas réagi dans l'immédiat. Il nie généralement farouchement les accusations de torture ou d'arrestations arbitraires formulées par les groupes de défense des droits de l'Homme.

"La répression implacable du gouvernement éthiopien contre des dissidents réels ou imaginaires parmi les Oromo est considérable dans son ampleur et souvent d'une brutalité choquante", a commenté Claire Beston, chercheuse pour Amnesty.

"Cela a apparemment pour but de mettre en garde, contrôler ou étouffer tout signe de +dissidence politique+ dans la région", poursuit-elle, expliquant que les personnes interviewée par Amnesty portaient les stigmates de la torture - cicatrices, brûlures, mais aussi doigts, oreilles et dents amputés ou arrachées.

Avec près de 27 millions d'habitants, l'Oromia est la plus grande et la plus peuplée des régions éthiopiennes. Elle a sa propre langue, l'oromo, distincte de l'amharique, la langue officielle nationale.

Certains des témoins interrogés disent avoir été arrêtés pour avoir mis sur pied une organisation culturelle étudiante, d'autres pour avoir aidé la femme d'un homme soupçonné d'appartenance à l'OLF à accoucher.

"Souvent, (ils sont arrêtés aussi) parce qu'ils refusent de rejoindre le parti au pouvoir", poursuit Mme Beston, estimant que beaucoup, parmi les autorités éthiopiennes, craignent des attaques à l'approche d'élections prévues en mai. 

En avril et mai dernier, plusieurs étudiants avaient été tués par les forces de l'ordre dans l'Oromia au cours de manifestations.

Le gouvernement avait parlé d'une dizaine de victimes, mais des groupes de défenses des droits de l'Homme comme Amnesty ou Human Rights Watch avaient avancé un bilan bien plus élevé.

AFP

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