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Tunisie: vers une victoire du principal parti séculier aux législatives

Une victoire du principal parti séculier aux législatives en Tunisie se dessinait lundi, les islamistes d'Ennahda reconnaissant être en seconde position de ce scrutin-clé pour le berceau du Printemps arabe qui doit se doter d'institutions pérennes.

L'instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) pourrait annoncer de premiers résultats partiels dans la soirée, une conférence de presse étant prévue à 18H30 GMT (19H30 locales) mais elle a jusqu'au 30 octobre pour prononcer son verdict définitif sur la composition du Parlement et ses 217 députés élus à la proportionnelle.

Néanmoins, Ennahda a admis être, selon ses propres premières estimations, distancé par ses principaux adversaires de Nidaa Tounès, qui ne cachaient pas leur optimisme.

"Nous avons des estimations qui ne sont pas encore définitives. Ils (Nidaa Tounès, ndlr) sont en avance de plus ou moins une douzaine de sièges. Nous aurions environ 70 sièges et eux environ 80", a déclaré à l'AFP le porte-parole du parti islamiste Zied Laadhari, citant des données d'observateurs d'Ennahda présents au dépouillement dans les bureaux de vote.

Nidaa Tounès, une formation hétéroclite regroupant aussi bien des figures de gauche et de centre-droit que des caciques du régime de Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de 2011, se montrait très confiant.

Sa page officielle sur Facebook est barrée depuis lundi matin d'un "Nous avons gagné, vive la Tunisie", et dimanche soir son chef Béji Caïd Essebsi, 87 ans, avait déclaré disposer "d'indicateurs positifs" plaçant son parti "en tête".

Ce vétéran de la vie politique tunisienne ayant servi aussi bien sous le père de l'indépendance Habib Bourguiba que sous Ben Ali est aussi le favori de la présidentielle du 23 novembre.

Cependant, le mode de scrutin des législatives tendant à favoriser la représentation des petites formations, le parti arrivant en tête devra s'atteler à former une coalition pour obtenir une majorité de 109 sièges, et le parti séculier n'a pas exclu une collaboration de circonstance avec son adversaire.

Nidaa Tounès a mené une campagne dure contre Ennahda, le taxant notamment d'obscurantisme et de laxisme vis-à-vis de la mouvance jihadiste et mettant en avant le bilan très controversé des islamistes au pouvoir de fin 2011 à début 2014.

La Tunisie a connu une année 2013 particulièrement terrible, marquée par l'essor de groupes jihadistes, les meurtres de deux opposants à Ennahda et une interminable crise politique. 

Finalement, à l'issue de longues négociations, les islamistes ont quitté le pouvoir, une nouvelle Constitution a été adoptée et les élections de fin 2014 organisées.

 

- Participation en demi-teinte -

 

La participation au scrutin de dimanche est pour sa part en demi-teinte, s'établissant selon des données provisoires à 61,8%, soit environ 3,1 millions d'électeurs. Ce chiffre est en forte baisse par rapport à l'élection en 2011 de la Constituante, remportée par les islamistes, et pour laquelle 4,3 millions de Tunisiens avaient voté. 

Le président de l'ISIE, Chafik Sarsar, s'est néanmoins dit "très satisfait" par ce taux, après une campagne atone qui a reflété le désenchantement de nombreux Tunisiens, la misère et le chômage, facteurs-clés de la révolution de 2011, continuant de miner le pays. 

Dans ce contexte, "il n'y a pas lieu de pavoiser. Mais on peut considérer malgré tout que nous sommes à des niveaux respectables", soulignait lundi La Presse, le principal quotidien francophone.

Enfin, malgré les craintes de troubles, notamment d'attaques jihadistes, les élections se sont déroulées sans incident majeur sous l'oeil de quelque 80.000 policiers et militaires.

La Presse a dès lors salué la première élection d'une assemblée pérenne, près de quatre ans après la révolution, jugeant "la mission quasiment accomplie, ce qui est considérable".

Les élections de cette année sont destinées à doter enfin la Tunisie d'institutions stables. Ces scrutins ont pris deux ans de retard sur fond de crises politiques, de batailles politiciennes et de flambées de violences.

Mais aux yeux de la communauté internationale et des dirigeants tunisiens, le pays reste un espoir de réussite de transition démocratique, alors que l'essentiel des pays du Printemps arabe ont basculé dans le chaos ou la répression.

La France a ainsi loué "un cap historique" et l"attachement à la démocratie" des Tunisiens. Le président américain Barack Obama a lui salué "une étape importante dans la transition politique historique de la Tunisie".

AFP

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