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Le Burkina saura le 30 octobre si Compaoré peut être candidat en 2015

Le Burkina Faso saura dans une semaine si son président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans, peut se présenter au scrutin de novembre 2015, l'Assemblée nationale ayant décidé d'examiner le 30 octobre un projet de loi en ce sens.

Le régime souhaite modifier l'article 37 de la Constitution burkinabè, qui en l'état actuel interdit au chef de l'Etat de briguer un nouveau mandat.

98 députés sur 127 ont voté jeudi pour que ce projet de loi très controversé, déposé mardi par le gouvernement, soit inscrit le 30 octobre à 16H00 GMT à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, a déclaré en session plénière le président de cette institution, Soungalo Apollinaire Ouattara.

Selon le projet, dont l'AFP a obtenu une copie, le président du Burkina Faso sera "élu pour cinq ans" au "suffrage universel direct, égal et secret" et "rééligible deux fois" si le texte est voté, contre "une" actuellement.

Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat en 1987, a déjà effectué deux septennats (1992-2005). Il terminera fin 2015 son deuxième quinquennat (2005-2015).

Les autorités ont pour l'instant évoqué la voie référendaire pour réviser la Constitution.

Un vote à la majorité simple, avalisé par 64 députés, suffirait pour convoquer une consultation populaire. Le succès paraît garanti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti du président, disposant à lui seul de 70 sièges au Parlement.

Mais le pouvoir peut espérer ne pas avoir recours au référendum, comme le révélait mercredi Zéphirin Diabré, le chef de file de l'opposition.

Une révision constitutionnelle peut en effet aussi se faire par voie parlementaire. Dans ce cas, la majorité des trois-quarts est requise, soit 96 députés. Un total dépassé de deux voix ce jeudi.

L'opposition craint une quête du pouvoir "à vie" de Blaise Compaoré.

Si la loi fondamentale est modifiée, "on garantit trois mandats supplémentaires" de cinq années au chef de l'Etat, affirmait mercredi Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des Affaires étrangères de M. Compaoré devenu opposant.

"Rien ne dit" en effet que les mandats déjà effectués seront "pris en compte", a observé cet économiste, rappelant qu'un tel "subterfuge" avait "déjà été utilisé".

 

- 'Ultimatum' -

 

Le Conseil constitutionnel avait entériné la candidature de Blaise Compaoré pour le scrutin de 2005, quand le président burkinabè achevait son deuxième septennat, au motif que la modification de la Constitution instaurant le quinquennat n'avait pas d'aspect rétroactif.

Un nouveau paragraphe a par ailleurs été introduit dans l'article 165 de la Constitution, à voter le 30 octobre, qui interdit toute modification ultérieure de la loi fondamentale sur la question du mandat présidentiel.

"Après la promulgation de la présente loi, aucun projet ou proposition de révision de la Constitution n'est recevable lorsqu'il remet (entre autres) en cause la durée et/ou le nombre de renouvellements du mandat", peut-on lire dans ce texte.

La révision de la Constitution mobilise fortement le Burkina Faso, pays pauvre sahélien dont 60% de la population a moins de 25 ans et n'a donc jamais connu d'autre pouvoir que celui de Blaise Compaoré.

"On a donné un ultimatum au président pour qu'il retire son projet de loi. On a l'impression qu'il ne veut pas comprendre", a réagi le président du Collectif anti-référendum (CAR) Hervé Ouattara, entouré de quelques dizaines de jeunes surexcités criant "Libérez le pays !" ou encore "Blaise dégage !"

"S'il ne s'exécute pas dans les jours à venir, nous considèrerons que nous sommes dans un Etat de non-droit. Nous allons nous donner du plaisir pour libérer notre pays", a-t-il menacé.

De nouvelles manifestations pacifiques de jeunes, après celles de mardi et mercredi soir, se sont tenues jeudi à Ouagadougou, a constaté l'AFP.

Les protestataires ont dressé en fin de journée des barricades à l'aide de pierres, de morceaux de bois et de pneus usagés dans certaines artère de la ville, empêchant de nombreux salariés de rejoindre leurs domiciles.

"Nous appelons les uns et les autres au respect strict des lois et règlements", a réagi Alain Edouard Traoré, le porte-parole du gouvernement. Si les manifestants "posent des actes contraires (...), il vont en assumer les conséquences", a-t-il lancé.

AFP

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