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RDC: la mission de l'ONU prise pour cible après des massacres dans l'Est

Plusieurs manifestations violentes ont éclaté depuis mardi dans l'est de la République démocratique du Congo pour demander le départ de la mission de l'ONU, la Monusco, accusée de n'avoir pas empêché de récents massacres.

Le territoire de Beni a été ensanglanté par une succession d'attaques meurtrières attribuées aux rebelles islamistes ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF): environ 80 civils ont péri en moins de quinze jours, dont 30 à Beni même dans la nuit du 15 au 16 octobre.

Après les massacres, le chef de la Monusco, Martin Kobler, avait appelé au "lancement, le plus tôt possible, d'actions militaires FARDC (armée congolaise)-Monusco conjointes et déterminantes" contre l'ADF, qui a déjà perdu face à eux de grands bastions depuis le début de l'année. 

Reste que, pour nombre d'habitants, l'ONU est fautive.

Mercredi à Mavivi, à 15 kilomètres au nord de la ville de Beni, plusieurs centaines de personnes, essentiellement des jeunes et des femmes, ont manifesté contre la Monusco en chantant en swahili: "Nous ne voulons plus de vous ici, vous ne faites rien pour nous", a constaté l'AFP.

Des feux ont été allumés près du QG des Casques bleus, situé non loin d'un aéroport. Les manifestants ont cassé le portail de la mission et, alors qu'ils pénétraient dans l'enceinte de la base, l'armée congolaise est arrivée, tirant en l'air pour les disperser.

"Il faut nous laisser chasser ces gens!", "ils ne font rien pour nous ici!", lançaient pêle-mêle des jeunes à des militaires congolais impassibles, en évoquant les Casques bleus.

Pendant ces violences, les activités commerciales ont été paralysées et le personnel de l'aéroport évacué. Il aura fallu une trentaine de minutes de tirs en l'air pour que les manifestants lâchent prise, dans une grande bousculade.

Selon la fédération d'associations baptisée Société civile de la province du Nord-Kivu, le bilan est de "sept manifestants blessés" et il y a eu des pillages au QG de la Monusco. En début d'après-midi, un calme précaire était revenu.

Selon les journalistes de l'AFP sur place, les tirs à Mavivi n'ont pas fait de victime. 

En revanche, deux personnes ont été tuées mardi soir à Mbau, à 25 kilomètres au nord de Beni, lors d'une manifestation demandant le départ de la Monusco, a affirmé la Société civile.

"Des jeunes hostiles à la présence de la Monusco avaient intercepté une patrouille mixte" de l'armée et des Casques bleus, et l'armée régulière a "tiré plusieurs balles en l'air" pour les disperser, indique-t-elle dans un communiqué.

Les jeunes, armés de "machettes, lances et cailloux", ont "approché davantage le convoi et l'altercation a été d'une très grande intensité. Dans cette confusion, trois jeunes ont été touchés par balles: deux ont succombé et un s'(en) est tiré grièvement blessé", selon la même source.

Joint par l'AFP, un habitant de Mbau fait état d'un seul mort: "Un conducteur de moto-taxi a été tué par balle vers 19h30 (17h30 GMT)" et "son corps a été acheminé par les manifestants à la résidence officielle du chef de secteur de Beni-Mbau", que la foule s'est mise à "saccager" avant de l'"incendier".

Revenant sur ces événements, le directeur de l'information de la Monusco, Charles Bambara, a expliqué à l'AFP à Kinshasa que la mission a "ouvert une enquête pour déterminer l'origine des tirs (de l'armée et/ou des Casques bleus) et ne confirme pas pour l'instant le bilan" des associations locales.

Mercredi à Goma, capitale du Nord-Kivu, M. Kobler a estimé que "ça ne vaut pas la peine de prendre la Monusco comme bouc-émmissaire", avant d'appeler la population à apporter son "soutien" aux Casques bleus, présents depuis 1999 pour protéger les civils et soutenir les troupes congolaises contre les nombreux groupes armés sévissant dans l'Est.

Pour dénoncer les attaques meutrières, la Société civile avait appelé la population à participer lundi à une opération "villes mortes", bien suivie. Face au sentiment anti-Monusco, elle a exhorté la population au calme.

Opposée au régime du président ougandais Yoweri Museveni, l'ADF est présente dans l'Est congolais depuis 1995. En janvier, l'armée congolaise et la Monusco ont lancé des attaques qui l'ont affaiblie mais, depuis la mort brutale, fin août, du général Lucien Bahuma, chef de l'offensive congolaise, les rebelles ont repris l'initiative.

AFP

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