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Le Burkina décide d'un référendum pour permettre

Le gouvernement burkinabè a mis fin à un long suspense en annonçant mardi la tenue d'un référendum qui doit rendre possible la candidature à l'élection présidentielle de 2015 du chef de l'Etat Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans.

Les ministres, réunis en Conseil extraordinaire mardi, ont "adopté un projet de loi portant révision de la Constitution qui sera soumis à l'Assemblée nationale en vue de la convocation du référendum", a annoncé Jérôme Bougouma, le ministre de l'Administration territoriale et de la sécurité, sans préciser la date du référendum.

Le projet de loi a été déposé dès mardi au bureau de l'Assemblée nationale, a déclaré une source gouvernementale à l'AFP.

Le chef de l'Etat burkinabè avait évoqué pour la première fois en décembre dernier la tenue d'une consultation populaire au sujet de l'article 37 de la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels et l'empêche de se présenter au scrutin de novembre 2015.

Personnage central de la diplomatie ouest-africaine, Blaise Compaoré, 63 ans, s'est hissé au pouvoir en 1987 en renversant son ex-compagnon d'armes Thomas Sankara, tué lors du putsch.

Il a ensuite effectué deux septennats (1992-1998 et 1998-2005) et terminera fin 2015 son deuxième quinquennat (2005-2010 et 2010-2015).

Majorité et opposition s'affrontent depuis des mois sur son maintien au pouvoir par meetings géants interposés, remplissant à tour de rôle le stade du 4 août de Ouagadougou, la plus grande enceinte sportive du Burkina Faso avec 35.000 places.

En septembre, le chef de l'Etat avait tenté d'instaurer un dialogue politique entre les deux camps. Mais faute de s'entendre sur la révision de l'article 37, celui-ci s'était achevé piteusement début octobre, sans aucune avancée.

Le référendum s'annonce pour le pouvoir comme une formalité. L'Assemblée nationale devra voter le projet de loi à la majorité simple, soit avec 64 voix sur 127, quand le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti du président, dispose à lui seul de 70 sièges.

"Il n'y a pas de démocrate véritable qui rejette le référendum parce que par définition le référendum, c'est appeler à consulter le peuple et je ne vois pas en quoi un référendum peut être qualifié d'illégal", a réagi Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national du CDP. "Maintenant nous allons nous organiser pour sensibiliser, informer nos militants", a-t-il ajouté. 

 

-'Le masque est tombé' -

 

"Ce que nous étions en train de dénoncer est finalement arrivé (...) le masque de Blaise Compaoré vient de tomber", a à l'inverse regretté Me Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l'Union nationale pour la renaissance/parti sankariste (UNIR/PS, opposition), pour qui "rien" n'est toutefois "exclu" du fait que les députés sont appelés à voter "en leur âme et conscience".

"S'il n'y a pas la corruption (...), s'ils entendent le cri de détresse du peuple burkinabè, cette loi peut ne pas passer à l'Assemblée nationale", a lancé Me Sankara, qui a appelé à "la désobéissance civile".

"Nous, opposants, ferons tout pour faire échouer ce projet", a affirmé Ablassé Ouédraogo, président du parti Le Faso Autrement, ajoutant que "le gouvernement n'est sûr de rien, c'est pourquoi il recherche la majorité simple des députés pour aller au référendum".

La consultation populaire, dont le résultat devrait être favorable au régime en raison d'une bonne implantation dans les campagnes, selon plusieurs politologues, s'annonce comme un entérinement du "pouvoir à vie" de Blaise Compaoré, dont ne veulent pas entendre parler ses détracteurs.

En 27 ans de pouvoir, l'économie a connu des avancées, mais la population de ce pays sahélien reste l'une des plus pauvres du continent. En témoigne le 181e rang sur 186 occupé par le Burkina Faso en termes d'indice de développement humain (IDH), selon l'ONU. L'IDH se fonde sur trois critères majeurs : l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'éducation, et le niveau de vie.

Dans ce pays où 60% des 17 millions d'habitants ont moins de 25 ans et n'ont donc jamais connu d'autre régime que celui de l'actuel président, la jeunesse, surtout dans les grandes villes, se montre réfractaire à une perpétuation du pouvoir en place.

AFP

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