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RDC: après les massacres, Beni commence

Les habitants de Beni, dans l'Est de la République démocratique du Congo, commencent à se défier des autorités locales après une succession de massacres de civils commis dans la région par des rebelles ougandais.

"Je vous assure que toutes les mesures de sécurité sont prises. Restez calmement dans vos maisons, les autorités maîtrisent la situation". Le message passé dimanche matin à la radio par Nyonyi Masumbuko, maire de cette ville du Nord de la province du Nord-Kivu, ne convainc guère.

Dans le centre, quelques dizaines d'habitants ont justement déserté leur domicile des quartiers de la périphérie nord, bien souvent avec des effets personnels, sacoches, sacs à dos ou matelas.

"Je quitte mon quartier parce qu'on y a jeté des tracts qui disaient qu'ils allaient venir y tuer les gens", explique Solange Sekera, mère de famille de 27 ans suivie de ses trois enfants.

"Ils" ? Les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), qui sèment la terreur dans les environs. En une quinzaine des jours, ces miliciens, que le gouvernement et l'armée disaient avoir quasi mis hors d'état de nuire, ont tué sauvagement environ 80 personnes.

Ils ont même poussé l'audace jusqu'à attaquer les faubourgs de Beni, agglomération de 500.000 habitants, fief de la tribu Nande et place commerciale importante de la région des Grands Lacs où sont cantonnés de nombreux militaires, mais personne ne les a arrêtés. Résultat : 30 personnes, hommes, femmes et enfants, tuées à l'arme blanche dans la nuit de mercredi à jeudi.

Ni Mme Sekera ni les autres fuyards interrogés par l'AFP n'ont vu les fameux tracts, mais qu'importe, la peur est là : au pays de la rumeur, il est acquis que les funestes feuilles ont été "signalées" dans deux communes de l'agglomération.

Dans les rues de la ville, deux journalistes de l'AFP arrivés la veille notent la présence de soldats et policiers, mais rien qui ressemble vraiment à un renforcement de la présence visible des forces de l'ordre.

 

- Vigies civiles -

 

"Ceux qui vous disent que nous sommes en sécurité vous mentent", accuse Léon (prénom changé).

"Nous sommes en insécurité et nous devons nous prendre en charge nous-mêmes. Les autorités nous ont promis de rétablir l'ordre dans la ville mais [...] nous n'avons pas confiance en elles", ajoute cet avocat.

Depuis deux jours, ajoute l'homme, on a organisé des tours de garde dans plusieurs quartiers: de petits groupes qui veillent toute la nuit à des carrefours autour d'un feu de bois.

Les journalistes de l'AFP ont pu voir samedi soir une dizaine de ces comités dans le sud de la ville, armés de bâtons et équipés de sifflets pour donner l'alarme. Dimanche matin, plusieurs foyers abandonnés par leurs gardes achevaient de se consumer le long de la route permettant de quitter la ville par le nord.

En poussant vers Eringeti, à une cinquantaine de kilomètres de là, où 22 personnes au moins ont été massacrées par l'ADF dans la nuit de vendredi à samedi, on croise plusieurs églises où sont venus se regrouper des habitants pour passer la nuit.

Installés dans le territoire de Beni depuis 1995, les rebelles de l'ADF compteraient aujourd'hui environ 400 combattants, tous musulmans.

Opposée au régime du président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, l'ADF a subi de lourdes pertes et dû abandonner la plupart de ses bastions dans la région montagneuse entre Beni et la frontière ougandaise sous la pression d'une opération lancée en janvier par l'armée congolaise et soutenue ensuite par les Casques bleus de la Mission de l'ONU en RDC. 

Ses dernières attaques semblent témoigner de son renforcement depuis le décès brutal, fin août, du général Lucien Bahuma, chef de l'armée au Nord-Kivu, qui dirigeait lui-même cette opération.

 

AFP

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