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Congo: la tuerie de Beni suscite colère et interrogations

Après la mort d'une trentaine de personnes tuées à l'arme blanche par des rebelles ougandais à Beni, dans l'est de la République démocratique du Congo, la colère monte contre les autorités face au regain d'insécurité alors que l'on s'interroge sur les motifs de cette attaque.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a confirmé vendredi que ce massacre commis dans la nuit de mercredi à jeudi dans la grande ville du Nord de la province du Nord-Kivu avait été perpétré par les rebelles ougandais de l'Alliance des forces démocratiques (ADF).

Selon l'ONU et la société civile locale, le bilan de cette attaque serait de 30 morts et non de 26 comme l'avait annoncé la veille l'armée.

"Les services de sécurité savaient qu'il y avait risques d'attaques, la population le disait [...] on pouvait anticiper ces événements. Mais rien n'a été fait dans ce sens", dénonce Arsène Mwake, député national élu de Beni.

"Pour nous, depuis la disparition du général [Lucien] Bahuma, il y a un relâchement au niveau de l'armée dans la sécurisation de la province du Nord-Kivu", ajoute ce député d'opposition.

Commandant militaire de la province, le général Bahuma est mort fin août, officiellement d'un accident vasculaire cérébral. Il était à la tête de l'opération "Sokola" lancée en janvier par l'armée et soutenue ensuite par la Mission des Nations unies en RDC (Monusco) pour chasser les ADF de leurs repaires du territoire de Beni.

Les critiques fusent aussi du sein de la majorité. "On ne peut pas comprendre comment des inciviques entrent dans une ville contrôlée par l'armée nationale et égorgent plusieurs personnes avant de s'évaporer dans la nature. Il y a certainement quelque chose qui ne va pas au niveau du commandement des FARDC" (Forces armées de la République démocratique du Congo), déclare à l'AFP le député Albert Baliesima.

 

- Message morbide ? -

 

Les ADF ont subi de lourdes pertes - comme les FARDC - au cours de l'opération Sokola, qui avait permis à l'armée de les chasser de la plupart de leur bastions, mais dès avril, alors que le gouvernement présentait la traque des derniers combattants comme une simple formalité, des experts étrangers mettaient en garde contre la difficulté de la tâche, dans une région de jungle accidentée.

Aujourd'hui, les combattants de l'ADF seraient au nombre d'environ 400, exclusivement musulmans.

En dix jours, plusieurs attaques attribuées à ce groupe ont fait une cinquantaine de morts, en grande majorité des civils.

Une source onusienne à Goma relève qu'elles ont eu lieu dans la "zone traditionnelle" de présence du groupe, installé depuis le milieu de la décennie 1990 entre la frontière ougandaise et Beni, ville située à une heure de route au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu.

Reste que l'attaque contre Beni, ville de 500.000 habitants, place commerciale importante pour la région des Grands Lacs et fief de la tribu des Nande, a quelque chose d'inédit et que l'on s'interroge sur les motifs qui ont pu pousser le groupe à la commettre.

Selon la source onusienne, il y a plusieurs hypothèses : une action de représailles contre des civils qui auraient collaboré avec l'armée, une action de diversion pour détourner les FARDC d'une zone où les ADF chercheraient à se regrouper, ou encore un simple pillage pour se ravitailler. Mais pourquoi alors un tel déchaînement de violence ?

L'expert du Nord-Kivu, qui souhaite conserver l'anonymat, estime que le groupe cherche plus vraisemblablement à faire passer un "message" aux autorités.

En relisant l'histoire du groupe, il note que celui-ci a eu plutôt tendance à vivre en autarcie sans trop importuner la population locale dans les premières années de son implantation au Congo et qu'il a commencé à se livrer à des atrocités à partir du moment où l'armée a cherché à le déloger de son repaire, en particulier après 2010.

Selon l'expert, toute cette violence aurait pour finalité de dire aux autorités : "Nous sommes toujours là, [vos opérations militaires n'ont] servi à rien, arrêtez, ou nous sommes capables de vous faire très mal". 

AFP

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