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En Sierra Leone, des rescapés d'Ebola espèrent retrouver une place dans la société

Ils ont remporté la bataille contre Ebola mais y ont perdu des proches, leur travail, des biens, leur vie d'avant. En Sierra Leone, des rescapés réunis par les autorités et l'ONU pour partager leur expérience espèrent retrouver une place dans la société.

"Nous sommes traités comme des lépreux, rejetés par la communauté au sein de laquelle nous avons grandi", affirme Senessieh Momoh, chauffeur, qui participe avec 34 autres personnes guéries à la "conférence des survivants d'Ebola", jeudi et vendredi à Kenema, dans l'est du pays, région la plus touchée.

"Des gens qui étaient nos amis, avec qui nous avons partagé le vin de palme, ne veulent plus être avec nous", déplore le chauffeur, qui pense avoir contracté le virus en transportant un passager malade de Kenema à Kailahun, une cinquantaine de km plus loin.

"Cette conférence va aider à changer les mentalités des populations à notre sujet", se réjouit-il.

James Gebbeh, agriculteur, fait aussi partie des survivants de différentes couches sociales venus à l'invitation du gouvernement et d'acteurs de la lutte anti-Ebola, dont l'Unicef, pour partager leur expérience à huis clos.

Avant que sa vie ne bascule, Gebbeh ne croyait pas à l'existence d'Ebola, explique-t-il.

Une nuit, il a reçu chez lui un cousin malade, évacué d'un village voisin qui "pouvait à peine marcher, après avoir passé la nuit à vomir", précise le paysan qui, exposé aux fluides corporels transmettant le virus, n'a pas échappé à la contamination.

Une infirmière l'a ensuite fait évacuer par ambulance vers un centre de traitement d'Ebola à Kailahun, auquel il doit son salut, raconte-t-il. "J'ai été bien pris en charge, nourri trois fois par jour et je savais que tout serait fait pour me sauver".

Au bout de deux mois, "je suis sorti. Mais quand je suis retourné chez moi, j'ai été rejeté par des gens que je connaissais depuis toujours", dit M. Gebbeh, évoquant des voisins qui se barricadent en le voyant arriver, l'interdiction d'aller chercher l'eau au puits ...

"Actuellement, je compte uniquement sur l'approvisionnement fourni par les organisations humanitaires", confie-t-il. Même son petit chien subit la stigmatisation: "Chaque fois qu'il s'approche de la maison des voisins, la pauvre bête est chassée à coups de pierres".

- Veuve mais "chanceuse" -

Isata Yillah, une femme d'affaires, est tombée malade après être allée voir un poissonnier qui lui devait de l'argent à Kailahun. Mais, par crainte qu'elle ne soit rejetée, sa s½ur lui a demandé de se cacher lorsque l'équipe chargée de recenser les cas potentiels s'est rendue à leur domicile.

"Quand j'ai fini par ne plus pouvoir supporter l'épreuve, je suis allée" dans un centre d'analyse, où le diagnostic d'Ebola a été confirmé, "puis on m'a transférée dans un centre de traitement. Après quelques semaines, je suis sortie" avec le certificat de guérison, dit-elle.

De retour à la maison, funeste nouvelle. "On m'a annoncé que j'ai contaminé mon mari qui est mort, me laissant seule avec nos quatre enfants. Oh, comme j'aurais aimé que lui aussi se rende rapidement à la clinique, pour avoir une chance de survie!".

Elle se considère cependant comme "chanceuse" par rapport à d'autres rescapés: "Je remercie Dieu que l'un de nous deux soit en vie pour s'occuper des enfants. Et ce qui m'encourage, c'est que la communauté a accepté mon retour et ne m'a pas ostracisée".

Selon l'Unicef, à Kenema, les rescapés ont pu écouter des spécialistes - dont ceux de la santé mentale et des psychosociologues - "sur la façon de surmonter les traumatismes et la stigmatisation".

Ils ont aussi appris auprès de professionnels comment "aider les agents de santé et les habitants à dispenser des soins aux personnes placées en quarantaine".

L'Unicef a expliqué que cette conférence était "un projet pilote" pour, à terme, enrôler 2.500 survivants dans la lutte.

Le responsable gouvernemental pour l'est de la Sierra Leone, Maya Kaikai, a qualifié jeudi les survivants de "rouage important pour vaincre le fléau".

Des milliers de survivants de l'épidémie en Afrique de l'Ouest sont immunisés à l'espèce dite Zaïre du virus Ebola, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Cette immunisation a permis à l'Unicef ou aux ONG de confier à des survivants des enfants en quarantaine ou des orphelins de l'épidémie, et de sauver d'autres malades par des transfusions sanguines de rescapés.

L'OMS a également mobilisé des survivants pour apprendre aux soignants à minimiser les risques de contamination.

AFP

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