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Soudan du Sud:

Dans la base de l'ONU de Bentiu, au Soudan du Sud, près de 50.000 civils ayant fui le conflit qui ravage le pays depuis mi-décembre vivent entassés dans un environnement fétide, de la boue jusqu'aux genoux.

Malgré les conditions terribles, tous sont trop terrifiés pour retourner chez eux, craignant d'être massacrés en raison de leur appartenance ethnique.

"Nous sommes tellement fatigués d'être ici", explique Mary Nyagah Mon, 43 ans et mère de six enfants, debout dans l'eau boueuse qui recouvre le camp, à la périphérie de Bentiu (environ 600 km au nord de Juba), capitale détruite et quasiment déserte de l'Etat septentrional d'Unité, une des zones les plus touchées par les combats.

"Nous vivons tous dans cette eau. Nos enfants souffrent, il est possible qu'ils meurent", dit-elle en montrant les benjamins, visiblement épuisés.

Le conflit, entré dans son 11e mois mercredi, trouve ses racines dans la rivalité politique au sein du régime entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, mais il a aussi fait remonter d'anciennes rancoeurs ethniques.

Les combats opposant l'armée gouvernementales et troupes rebelles, mais aussi diverses milices ethniques plus ou moins autonomes, se sont accompagnés de nombreuses atrocités contre les civils.

Des milliers - voire des dizaines de milliers - de personnes ont été tuées et plus de 1,8 million chassées de chez elle, dont près de 100.000 s'entassent dans diverses bases de l'ONU dans des conditions souvent similaires à celles de Bentiu.

Quand les premiers combats ont éclaté entre unités rivales au sein de l'armée sud-soudanaise mi-décembre, l'ONU a ouvert les portes de ses bases, pas adaptées à recevoir autant de gens.

La solution qui devait être provisoire s'est prolongée et les agences de l'ONU tentent de construire des structures permanentes et de pomper la vase créée par les pluies diluviennes en cette saison.

 

- Risques de viols -

 

Dans le camp de Bentiu, on s'allonge à tour de rôle dans les rares zones sèches. Les gamins passent des heures debout, faute d'endroit où s'asseoir.

Au milieu d'une large mare hébergeant des nuées de moustiques, un panneau avertit des risques de choléra, qui a fait 139 morts à travers le pays depuis mai mais a pu être contenu dans les camps, grâce notamment à la distribution d'eau potable.

Néanmoins les fortes précipitations ont emporté début octobre près de 200 latrines de la base de Bentiu, ne laissant plus qu'un WC pour 96 personnes.

"Nous souffrons beaucoup, il y a trop de pluies, les gens vivent dans l'eau", explique James Both Rom, un autre habitant du camp, qui ajoute que la plupart de ses proches sont malades: "il y a du paludisme, de la typhoïde, des pneumonies".

Les agences humanitaires ont également recensé à travers le pays trois fois plus de cas que l'an dernier de kala-azar ("fièvre noire"), maladie parasitaire transmise par un insecte proche du moustique, le phlébotome, potentiellement mortelle surtout chez les personnes mal nourries.

Or, la situation alimentaire au Soudan du Sud est catastrophique. La Croix-Rouge et le Programme alimentaire mondial parachutent des vivres dans des zones reculées et les ONG et l'ONU mettent en garde contre les risques de famine.

"On doit chercher à manger", explique Mary Nyagah Mon, "il n'y a pas de nourriture".

Les femmes qui sortent du camp, à la recherche de nourriture ou de bois, risquent d'être violées. L'envoyée spéciale de l'ONU sur la violence sexuelle, Zainab Bangura, a assuré à l'AFP début octobre que le niveau de viols au Soudan du Sud était le pire qu'elle ait jamais vu.

"J'ai entendu l'histoire d'une femme violée juste après avoir accouché. L'histoire d'une vieille femme violée, d'enfants d'à peine 10 ou 11 ans violés quotidiennement", a-t-elle raconté, "aucune femme ne peut vivre dans ces conditions".

Le seul espoir des réfugiés est une paix qui se fait attendre. "Nous implorons Dieu tous les jours. Nous voulons la paix, afin de pouvoir rentrer chez nous", explique Mary Nyagah Mon.

Les négociations, ouvertes dès janvier en Ethiopie, sont au point mort. Des cessez-le-feu ont été signés mais jamais respectés.

L'arrivée de la saison sèche, vers la fin novembre, devrait améliorer un peu le sort des déplacés. Mais elle risque aussi d'apporter son nouveau lot de violences, l'asséchement des routes, aujourd'hui inondées et impraticables, permettant la reprise des mouvements de troupes et de matériel.

Début octobre, 19 ONG humanitaires ont dit "craindre que les efforts menés cette année pour éviter une aggravation de la crise ne s'essoufflent, alors que les belligérants se regroupent, prêt à reprendre les violences dès que la saison des pluies sera terminée".

AFP

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