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Madagascar flirte

Madagascar, après une longue et difficile transition, flirtait de nouveau avec la crise politique mercredi après le retour d'exil de l'ancien chef d'Etat Marc Ravalomanana que les autorités ont provisoirement mis au secret dans le Nord après ses déclarations belliqueuses.

Quarante-huit heures après la réapparition surprise de M. Ravalomanana, qui s'est vanté d'avoir encore "beaucoup de pouvoir", les analystes joints par l'AFP s'accordaient à dire que la partie s'annonçait difficile pour le président Hery Rajaonarimampianina, malgré le soutien reçu de la communauté internationale.

"La situation actuelle profite à l'ancien président Ravalomanana", a jugé Serge Zafimahova, politologue et membre de l'association Club Développement et Ethique.

Selon lui, le gouvernement n'a "que deux options": continuer de l'enfermer et risquer une crise propice à M. Ravalomanana, ou "admettre qu'il faut passer par la phase de réconciliation nationale".

La deuxième option est "la seule qui permette de sortir de cette situation. Sinon, Madagascar va s'engouffrer à nouveau dans une situation de crise", a-t-il dit.

"Soit il le renvoie à l'extérieur, soit il le garde, et donc, il faut composer avec lui et le prendre comme acteur politique à part entière", a renchéri Toavina Ralambomahay, auteur du livre "Madagascar dans une crise interminable".

"Personne ne peut prévoir ce qui va se passer, la paix ou des troubles", a-t-il ajouté.

Dans l'immédiat, le gouvernement a annoncé que M. Ravalomanana, 61 ans se trouvait "dans un endroit digne de son rang", "en bonne santé" et avec "un médecin (qui) l'accompagne", sans dire publiquement où.

Le lieu où M. Ravalomanana est confiné, la résidence de l'Amirauté, villa de type colonial à Diego Suarez (Antsiranana, nord), a été rapidement connu après une rencontre entre le Premier ministre Roger Kolo et l'épouse de M. Ravolamanana. Cette dernière a été autorisée à aller lui rendre visite, mais le vol privé a été reporté à jeudi.

L'ancien président y a été transféré mardi en hélicoptère, selon la presse locale. 

 

- 'Provocation inadmissible' -

Personne ne sait comment il a pu gagner Madagascar et arriver jusqu'à son domicile d'Antananarivo, sans être intercepté ou reconnu. Le gouvernement a affirmé avoir été prise de court.

Son discours et son point-presse ont mis le feu aux poudres, qualifié deux jours après par l'Union africaine (UA) de "provocation inadmissible" et également condamné par la France. 

"Son action unilatérale et ses propos compromettent les acquis démocratiques obtenus à la suite d'un long et difficile processus de sortie de crise appuyé par la communauté internationale", a également déclaré l'ambassadeur de l'Union européenne Antonio-Sanchez Benedito Gaspar.

"J'ai beaucoup de pouvoir, la preuve, je suis rentré sans passeport", a déclaré M. Ravalomanana. Il a ouvertement défié le président Rajaonarimampianina, en déclarant qu'il "a eu la reconnaissance internationale mais (...) ce n'est pas le choix du peuple qui a été reflété".

Ni lui, ni son épouse, ni son adversaire Andry Rajoelina arrivé au pouvoir par la force en le renversant début 2009 n'avaient eu le droit de se présenter aux élections fin 2013, dans un souci d'apaisement imposé par les médiateurs régionaux.

Depuis 2009, M. Ravalomanana été empêché à plusieurs reprises de revenir à Madagascar, par peur de débordements. 

Il est sous le coup de plusieurs condamnations par contumace. Il a notamment été condamné aux travaux forcés à perpétuité pour la mort de 36 manifestants abattus par sa garde le 7 février 2009 devant le palais présidentiel.

Trois à quatre cents de ses sympathisants se sont rassemblés mercredi au Magro Behoririka, leur lieu habituel dans la capitale, pour chanter ses louanges et se répandre sur les turpitudes du président actuel. 

"Ce n'est pas aujourd'hui qu'il est là au pays qu'on va se décourager", a dit Nina Rasolonjatovo, une sexagénaire, choquée que son champion ait été arrêté "comme un bandit".

"Si Marc Ravalomanana ne sort pas d'ici peu, cela peut entraîner beaucoup de choses car il a encore beaucoup de partisans. On peut s'attendre à une nouvelle crise", a affirmé un autre supporter, Michel Ratsimbazafy, 44 ans. 

Un camion de l'armée était posté sur place.

 

AFP

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