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Somalie: le gouvernement aussi corrompu, les shebab toujours dangereux

Le fragile gouvernement somalien reste miné par la corruption tandis que les islamistes shebab, bien que militairement sur le recul, restent la principale menace pour la région, estiment des experts de l'ONU.

Malgré l'installation fin 2012 d'un gouvernement fédéral, première véritable autorité centrale depuis 20 ans en Somalie, "le système de gouvernement basé sur une corruption larvée n'a pas fondamentalement changé et a dans certains cas probablement empiré", estime le Groupe de contrôle de l'ONU sur la Somalie et l' Erythrée (SEMG) dans son rapport annuel.

Ses experts assurent que leur enquête a "systématiquement révélé des schémas de captation, avec des taux de détournement entre 70 et 80%" des fonds publics somaliens. "Tout laisse à penser que les fonds détournés sont utilisées à des fins partisanes, constituant une menace pour la paix et la sécurité", soulignent-ils dans ce rapport confidentiel de 482 pages, obtenu par l'AFP.

Le SEMG estime ainsi qu'environ un tiers des recettes du port de Mogadiscio s'est évaporé. Le port est une source de revenus essentielle aux autorités de Mogadiscio, soutenues à bout de bras par la communauté internationale et présentées comme le meilleur espoir de paix en Somalie depuis que le pays a sombré dans le chaos en 1991 avec la chute du président Siad Barre.

En outre, depuis la levée partielle l'an dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU de l'embargo sur les armes à destination de Somalie, des armements et des munitions destinés à l'embryon d'armée nationale somalienne "ont été détournés vers des marchés aux armes de Mogadiscio", selon le rapport.

Selon ce document, certaines de ces armes ont été retrouvées sur au moins un marché où les islamistes, que l'armée est censée combattre, se fournissent en armement.

Malgré les récentes offensives militaires victorieuses de la Force de l'Union africaine en Somalie (Amisom) et malgré la mort de leur chef suprême, Ahmed Abdi "Godane", tué début septembre dans une frappe américaine, "les shebab restent la principale menace pour la paix en Somalie et à travers la Corne de l'Afrique", poursuit le SEMG.

"Les shebab ont réussi à maintenir une présence efficace et violente à Mogadiscio et démontré une capacité opérationnelle au-delà de la capitale en adoptant apparemment une stratégie d'économie d'efforts", expliquent-ils. Ils ont mené "des attaques meurtrières à travers le sud et le centre de la Somalie et inspiré et coordonné des attaques contre les pays voisins".

Les experts notent également l'apparition, en Somalie, de nouvelles techniques, telles que celle "notable" des bombes magnétiques fixées aux véhicules ciblés, utilisées auparavant en Afghanistan et en Irak, ce qui pourrait "montrer un transfert d'expérience du champ de bataille vers la Somalie".

Par ailleurs, la puissance de feu écrasante de l'Amisom, dont les effectifs ont été portés à 22.000 hommes en janvier, a contraint les shebab à "devenir plus audacieux sur le plan opérationnel en mettant davantage l'accent sur l'exportation de la violence au-delà des frontières de la Somalie".

Les islamistes "peuvent coordonner et mener avec succès des attaques à travers la Corne et conservent la capacité opérationnelle de cibler spécifiquement des Occidentaux, notamment à Djibouti et au Kenya", où ils ont récemment mené des opérations, notent les experts onusiens.

- Frappes aériennes ciblées -

Ces derniers estiment par ailleurs que les frappes aériennes ciblées ne peuvent être une solution victorieuse à long terme.

"Les frappes stratégiques ont généralement débouché sur des gains à court terme mais ont été significativement incapables d'entamer les capacités opérationnelles des shebab", soulignent-ils: "il n'y a aucun indice actuellement qu'elles aient le potentiel pour +affaiblir et détruire+ les shebab".

Les shebab ont essuyé depuis qu'ils ont été chassés de Mogadiscio en août 2011, une série de défaites militaires les contraignant à abandonner la quasi-totalité de leurs bastions du centre et du sud somaliens.

Ils ont perdu début octobre la localité côtière de Barawe, leur "capitale" de fait et le dernier port entre leurs mains, d'où ils exportaient du charbon de bois, un commerce stratégique pour leurs finances.

Mais selon le SEMG, si depuis la perte de Barawe les ports sont désormais sous contrôle de l'UA, de l'armée ou de milices progouvernementales, le rythme des exportations de charbon de bois de Somalie, pourtant interdites par un embargo de l'ONU, n'a pas changé.

Et les islamistes continuent d'en tirer d'importants profits, via leur mainmise sur des sites de production, les barrages routiers où ils taxent les camions, ou le racket des commerçants, poursuivent-ils.

AFP

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