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Moines de Tibéhirine: deux juges antiterroristes français dimanche en Algérie

Les juges antiterroristes Marc Trevidic et Nathalie Poux, après avoir dû y renoncer deux fois, doivent se rendre dimanche en Algérie, pour une autopsie des têtes des sept moines de Tibéhirine, assassinés en 1996. 

Assassinats par des islamistes, bavure de l'armée algérienne, crime fomenté par les services, de nombreuses thèses ont été avancées mais ces assassinats n'ont jamais été élucidés. 

Outre la présence d'impacts de balles, les analyses des têtes visent notamment à établir si la décapitation a été menée avant ou après la mort. S'il est peu probable qu'elles apportent une réponse définitive, elles pourraient permettre d'écarter certains témoignages et d'en accréditer d'autres.

Les deux magistrats avaient demandé à se rendre en Algérie il y a près de trois ans, dans une commission rogatoire internationale. Ils devraient y rester une semaine environ.

Ils avaient également demandé à entendre une vingtaine de témoins, dont des ravisseurs présumés, mais n'ont pas obtenu gain de cause sur ce point. 

Ce voyage a fait l'objet de longues tractations entre Paris et Alger, où une enquête est également en cours. Et les deux reports successifs après l'accord de principe donné par Alger en novembre 2013, avaient suscité l'agacement du juge Trevidic. 

Accompagnés d'un représentant de la section antiterroriste du parquet de Paris et d'experts français, ils pourront en revanche participer à une expertise des têtes des religieux français, enterrées dans les jardins de leur ancien monastère isolé de Tibéhirine, près de Medea, dans le nord-ouest de l'Algérie. 

Christian de Cherge, Luc Dochier, Paul Favre Miville, Michel Fleury, Christophe Lebreton, Bruno Lemarchand et Célestin Ringeard avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996.

Le rapt avait été revendiqué un mois plus tard par le Groupe islamique armé (GIA) via un communiqué signé de son "émir" Djamel Zitouni. Le commanditaire des attentats de 1995 en France proposait un échange avec un autre responsable du GIA. 

Mais le 21 mai, un second communiqué annonçait l'exécution des religieux dont seules les têtes seront retrouvées neuf jours plus tard au bord d'une route de montagne.

Trois moines, qui avaient échappé à l'enlèvement en se cachant dans le monastère, ainsi que des villageois, ont confirmé aux gendarmes l'implication d'un groupe islamique armé dans l'enlèvement survenu dans une des zones les plus troublées d'une guerre civile qui a fait environ 200.000 morts en une décennie.

 

- Satisfaction des proches -

 

Mais cette thèse officielle est aujourd'hui contestée. Le 25 juin 2009, l'ancien attaché militaire de l'ambassade de France à Alger, le général François Buchwalter, livre au juge Trevidic le témoignage indirect d'un militaire algérien.

Le général explique que "les hélicoptères (de l'armée) ont vu un bivouac". "Comme cette zone était vidée, ça ne pouvait être qu'un groupe armé. Ils ont donc tiré sur le bivouac (...) Une fois posés, ils ont découvert qu'ils avaient tiré notamment sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles". C'est pour dissimuler cette bavure que les corps auraient été décapités.

Pendant l'enquête, deux anciens officiers algériens ont évoqué la thèse d'un crime fomenté par les services algériens, tel Abdelkader Thiga qui, en 2011, a expliqué que les assassinats auraient été commis pour "faire du chantage auprès de la France et jeter un discrédit sur les mouvements islamistes". 

Assassiné en 1996, l'ancien évêque d'Oran, Mgr Pierre Claverie, "avait la conviction profonde que les services algériens étaient mêlés à l'enlèvement des moines", avait rapporté le général Buchwalter.

Avant la visite, l'avocat des proches des moines, Me Patrick Baudouin, a exprimé leur "satisfaction de voir" les deux magistrats "se rendre enfin en Algérie". "On espère que ce déplacement se déroulera dans de bonnes conditions et permettra d'obtenir des résultats tangibles", a poursuivi l'avocat. 

AFP

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