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Une nuit dans un discret bar homosexuel de Kampala

Chaque dimanche, Nick a deux rendez-vous qu'il ne manque jamais. Le matin, l'église, et le soir, un bar qui accueille discrètement une soirée homosexuelle hebdomadaire, dans un pays où l'homophobie, consacrée par la loi, pousse les homosexuels à la clandestinité.

"Cela me donne de l'énergie pour toute la semaine", explique ce styliste de 23 ans, une bière à la main, devant un bar anodin. "Quand je viens ici, je me fiche de manquer de sommeil quand je retourne travailler, parce que je vais au boulot heureux et métamorphosé, c'est un dimanche merveilleux".

Durant la semaine, ce pub du centre de Kampala, situé à l'écart de l'artère des discothèques, ressemble à tous les autres et accueille une clientèle hétérosexuelle.

Mais durant quelques heures passant trop vite dans la nuit du dimanche à lundi, l'endroit, mélangeant toit de chaume et lumières clignotantes colorées, devient un refuge pour la communauté homosexuelle ougandaise.

On boit, on danse, on fait des rencontres et on s'embrasse. L'établissement "est tolérant, ne fait pas de discrimination", explique Nick, chemise à carreaux rouges et jeans, qui arrive vers 20H00 et attend que le bar, choisi comme repaire de façon informelle par la communauté homosexuelle, se remplisse. La fête commence à battre son plein vers minuit.

En décembre dernier, le Parlement ougandais a adopté une loi durcissant la législation antihomosexualité déjà sévère en Ouganda, où le code pénal datant de l'époque coloniale britannique rend passible de la prison à vie les "relations charnelles contre nature" et où les puissantes Eglises évangéliques vouent ouvertement les homosexuels aux gémonies.

Cette loi, qui avait suscité un tollé international, a été annulée par la Cour constitutionnelle pour des raisons techniques. Une victoire pour les homosexuels ougandais marginalisés, victimes de violences, voire tués, même si leurs adversaires n'ont pas dit leur dernier mot.

La loi prévoyait notamment l'interdiction de la promotion de l'homosexualité, l'obligation de dénoncer les homosexuels et punissait de prison quiconque hébergeait des relations homosexuelles ou mettait à disposition des locaux à "des fins d'homosexualité".

"Nous étions chassés de partout avant que la loi sur l'homosexualité ne soit annulée", explique Nick. Après l'adoption de la loi, la police a fermé le bar durant deux mois. Le dimanche soir, on "restait à la maison et on cuisinait", se souvient Nick, qui se présente comme un Chrétien "born-again" (revenu à la foi).

Le pub a rouvert quelques jours après l'annulation de la loi. "C'est un bar comme un autre, on y boit, on discute, on parle boulot (...) on rencontre des gens, des personnes qui nous plaisent", explique le militant transsexuel Pepe Julian Onziema.

 

- Six heures par semaine -

 

"Ca fait du bien d'être avec des gens qui sont comme vous, de s'amuser et de se sentir libre, de faire ce que vous voulez. Les gens se rapprochent, certains s'embrassent", souligne Chris 19 ans.

Il n'a jamais révélé à sa famille son homosexualité, découverte à 16 ans. "Ils s'évanouiraient ou mourraient", assure-t-il, près d'un ami. Tous deux s'esclaffant à cette simple idée.

C'est sa première sortie depuis 18 mois, durant lesquels les débats autour de la loi antihomosexualité l'ont fait se terrer chez lui: "J'avais peur. On ne peut pas être surpris dans un endroit comme celui-ci", dit Chris.

La propriétaire du bar, elle, a "assez d'empathie" pour penser "que nous sommes comme nous sommes", explique Nick.

Mais elle est minoritaire en Ouganda, pays très traditionnel sur le plan des m½urs, où l'intolérance à l'égard de l'homosexualité, qu'il voit comme une "importation" occidentale imposée au pays et qu'il assimile au viol et à la pédophilie, est la norme.

Le DJ du bar lui-même, Steve, 19 ans, avoue ne tolérer cette clientèle que parce qu'il a "besoin d'argent". "J'étais très choqué en entendant parler de cette chose", admet-il en parlant de l'homosexualité, "je me sens vraiment mal quand ils font leurs trucs, cela me blesse".

Alors que la pendule progresse inexorablement dans les premières heures de lundi, les fêtards s'apprêtent à entamer la semaine avec une gueule de bois, bien conscients qu'ils ne pourront raconter leurs excès dominicaux à leurs collègues, parents ou amis.

"Pouvez-vous imaginer, que dans un pays (...) tel que l'Ouganda, où les bars sont ouverts 7 jours sur 7, nous n'avons que six heures par semaine pour être nous-mêmes", souligne Pepe Julian Onziema: "Au moment où vous sortez (du bar), c'est comme si personne ne se connaissait, comme si vous ne veniez pas d'avoir du bon temps".

AFP

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