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Tunisie - La dernière tentation des salafistes

Les autorités tunisiennes ont arrêté une cinquantaine d’islamistes salafistes, des fondamentalistes musulmans sunnites, ayant tenté d’incendier une chaîne de télévision privée, le 9 octobre à Tunis, pour protester contre la diffusion du film Persépolis.

Le PDG de la chaîne, Nabil Karaoui, a expliqué que près de trois cent islamistes avaient tenté d’investir les locaux. Il a réagi à cette assaut sur la radio tunisienne Mosaïque FM:

«Ces extrémistes veulent imposer une nouvelle dictature, mais nous continuerons notre tâche conformément à notre ligne éditoriale indépendante».

Le porte-parole du ministre de l’Intérieur tunisien, Hichem Meddeb, a déclaré que la police a arrêté ces manifestants avant qu’ils n’entrent dans les bureaux de la chaîne tunisienne Nessma TV, rapporte la BBC. Ces islamistes manifestaient contre la diffusion le 7 octobre du film d’animation franco-iranien basé sur les bandes dessinées autobiographiques de Marjane Satrapi, et contre le débat sur l’intégrisme religieux qui a suivi la projection. Ils jugent blasphématoire ce film décrivant les derniers jours du Shah d’Iran et la Révolution islamique de 1979 ménée par l’ayatollah Khomeini. La scène où l’héroïne parle avec Dieu, personnifié par un vieil homme à la barbe blanche, a particulièrement déclenché la colère de ces islamistes. La personnification de Dieu étant proscrite par la religion musulmane.

Dans d’autres secteurs de la capitale tunisienne, les autorités ont repoussé à coup de gaz lacrymogène d’autres manifestants islamistes lançant pierres, bâtons, couteaux et autres projectiles. Ces derniers réclamaient la levée de l’interdiction du voile islamique, le niqab, dans les universités.

Le principal parti islamiste modéré, Ennahda, a condamné ces violences, les qualifiant «d’incident isolé». A deux semaines de la première élection depuis la chute de Ben Ali, pour désigner une assemblée constitutionnelle nationale, il semble que les revendications islamistes trouvent un écho de plus en plus fort dans l’opinion. L'hebdomadaire égyptien Al-Arham rappelle qu'Ennahda est le favori des sondages pour le scrutin du 23 octobre prochain en Tunisie, où près de cent partis s’opposeront.

Le correspondant de la BBC à Tunis explique que les tensions entre les Tunisiens qui veulent que la religion ait une part importante dans la vie politique et ceux qui désirent qu'elle soit cantonnée à la sphère privée sont de plus en plus tangibles.

Lu sur Mosaïque FMBBC, Al-Ahram