mis à jour le

Ouganda: vendre le pays aux homosexuels, un défi pour le secteur du tourisme

L'Ouganda, où une récente loi antihomosexualité a provoqué un tollé, n'est peut-être pas une destination de vacances évidente pour les homosexuels. Mais les professionnels du tourisme du pays entendent changer les choses.

Leur message, en substance: venez, vous n'avez rien à craindre.

"Il faut le dire, personne ne se fait tuer", affirme Babra Adoso, de l'Association des tours opérateurs ougandais. "Nous n'avons jamais entendu dire que quelqu'un s'était vu demander à l'aéroport +Quelle est votre orientation sexuelle?+ ou avait été refoulé", poursuit-elle.

Pour rassurer la clientèle homosexuelle, l'Office du tourisme ougandais a récemment pris une initiative qui a fait grincer des dents en Ouganda, pays où l'homophobie est très répandue et largement relayée par les puissantes Eglises évangéliques.

Avec d'autres représentants du secteur, ils ont rencontré le 8 septembre à New York l'International Gay and Lesbian Travel Association (IGLTA), le plus important regroupement professionnel du voyage visant spécifiquement les homosexuels.

Un mois plus tôt, la Cour constitutionnelle ougandaise avait annulé, pour des raisons de procédure, une récente loi durcissant la législation antihomosexualité ougandaise, qui avait valu au pays d'Afrique de l'Est une pluie de critiques d'ONG et personnalités internationales, ainsi que de gouvernements occidentaux, notamment du très fidèle allié américain.

Des députés envisagent désormais de soumettre à nouveau cette loi au Parlement. En attendant, l'ancienne législation, qui remonte à l'époque coloniale britannique et rend passible de prison à vie les pratiques homosexuelles, continue de s'appliquer.

Mais pour Mme Adoso, toute cette affaire relève surtout du malentendu. Son pays, qualifié de "perle de l'Afrique" et jusqu'à cette controverse classé dans les destinations privilégiées du célèbre guide de voyages Lonely Planet, a été "mal compris".

Le but de la législation controversée, poursuit-elle, était de "protéger les enfants" contre les pédophiles. "Nous avons eu des histoires d'enfants emmenés de force au Kenya et contraints, vous savez, de poser nu et tout le reste".

Et des groupes de défense des homosexuels ont "peut-être exagéré des histoires" pour obtenir des fonds de l'étranger, avance-t-elle encore.

L'Office du tourisme ougandais reconnaît que le pays doit désormais surmonter un vrai problème d'image.

Sylvia Kalembe, chargé pour l'organisme du développement de nouveaux produits, a récemment participé à une réunion à New York. Comme d'autres, elle est revenue "choquée de la façon dont les gens nous perçoivent".

Evoquant la condamnation publique de la loi par le secrétaire d'Etat américain John Kerry -- qui l'a comparée aux lois de l'Allemagne nazie -, elle se dit convaincue que "quelqu'un a dénaturé (cette affaire) et s'en sert contre l'Ouganda".

- Vers un "parcours touristique Idi Amin" -

John Tanzella, directeur de la IGLTA, a salué la réunion avec les autorités ougandaises. Mais leur rencontre de 90 minutes n'est qu'un "point de départ", affirme-t-il, prudent: le pays a encore du pain sur la planche pour améliorer son image et attirer des touristes gays et lesbiennes.

"Comme sur d'autres destinations où il y des problèmes d'homophobie, nous conseillons aux voyageurs LGTB (membres des communautés homosexuelle et transsexuelle) d'être prudents s'ils décident de s'y rendre", poursuit-il.

L'initiative des professionnels du tourisme ougandais rend aussi sceptiques les militants homosexuels ougandais. Le pays devrait d'abord se pencher sur la façon dont il traite ses propres gays et lesbiennes, estiment-ils.

"C'est très difficile pour nous de simplement nous déplacer d'une ville à l'autre", dit l'un d'eux, Pepe Julian Onziema, pour qui les professionnels du tourisme ougandais donnent l'impression qu'il y a deux lois, l'une pour les locaux et l'autre pour les étrangers.

"La liberté doit commencer avec nous", martèle-t-il.

L'Office du tourisme ougandais n'en est pas à sa première démarche insolite pour tenter d'enrayer la chute des arrivées de voyageurs et d'une source de revenue majeure pour le pays (le tourisme représente 8,4% du PIB).

En mars, Stephen Asiimwe, directeur de l'Office du tourisme, avait dit vouloir créer un "parcours touristique Idi Amin", pour tous ceux intéressés par le dictateur fou et sanguinaire, renversé en 1979.

"Idi Amin est le plus connu des Ougandais mais personne ne l'a jamais utilisé", avait confié M. Asiimwe au quotidien New Vision. "Nous devons développer ce parcours", avait-il poursuivi, affirmant vouloir développer une forme de tourisme comme les Allemands et les Polonais l'ont fait avec les sites de l'Holocauste ou les Rwandais avec ceux du génocide.

AFP

Ses derniers articles: L'Église craint que la RDC sombre dans "une situation incontrôlable"  Bénin: RSF dénonce la suspension de quatre médias en 48 heures  La longévité politique des chefs d'État africains 

défi

AFP

Gambie: le président Yahya Jammeh face à une opposition unie

Gambie: le président Yahya Jammeh face à une opposition unie

AFP

Présidentielle en Gambie: le pouvoir de Yahya Jammeh face aux urnes

Présidentielle en Gambie: le pouvoir de Yahya Jammeh face aux urnes

AFP

Panser les plaies de la dictature, le défi de la Tunisie

Panser les plaies de la dictature, le défi de la Tunisie

pays

AFP

RDC: une ex-élue du Congrès américain pour soigner l'image du pays

RDC: une ex-élue du Congrès américain pour soigner l'image du pays

AFP

CPI: le président ivoirien opposé au départ de nouveaux pays africains

CPI: le président ivoirien opposé au départ de nouveaux pays africains

AFP

Nigeria: le pays s'enfonce dans la crise économique

Nigeria: le pays s'enfonce dans la crise économique

secteur

AFP

Togo: le secteur du phosphate

Togo: le secteur du phosphate

AFP

Afrique: le secteur minier frappé de plein fouet par la chute des cours

Afrique: le secteur minier frappé de plein fouet par la chute des cours

AFP

Tunisie: le clan Ben Ali captait près d'un quart des profits du secteur privé

Tunisie: le clan Ben Ali captait près d'un quart des profits du secteur privé