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En Afrique australe, la pauvreté comme terreau des populismes

Le chômage et la misère en Afrique australe font le lit de politiciens populistes et parfois démagogues qui défient désormais ouvertement les pouvoirs en place et dénoncent un système économique générateur d'inégalités.

Julius Malema, l'enfant terrible de la politique sud-africaine, héraut des pauvres et de la lutte contre les inégalités persistantes, s'est vu récemment refuser un visa par le Botswana -- une démocratie parmi les plus ouvertes d'Afrique --, où il prétendait faire une "visite politique".

Le "commandant en chef" du parti EFF (Combattants de la Liberté Economique) souhaitait aller soutenir son ami Arafat Kitso Khan, en campagne électorale.

Comme Malema, Khan est un leader jeune, qui dirige le BNP (Botswana National Party) et qui fait figure d'agitateur. Il réclame "un changement de régime" et accuse les dirigeants de s'enrichir au détriment du peuple en cédant au "néo-colonialisme" occidental.

Avec un message similaire, Malema a réussi à envoyer 25 députés au parlement sud-africain lors des législatives de mai 2014, au grand dam du tout-puissant parti ANC,  au pouvoir depuis l'accession à la présidence de Nelson Mandela en 1994.

En Namibie, de jeunes admirateurs de Malema ont fondé les "Combattants de la Liberté Economique Namibiens" pour prendre part aux législatives de décembre. Ils se positionnent comme un parti "de gauche radicale", selon leur leader Epafras Mukwiilongo.

Cette nouvelle génération de militants politiques décomplexés, coiffés de bérets rouges, au verbe leste, s'adresse aux urbains pauvres, travailleurs vivants de salaires de misères ou chômeurs qui s'entassent dans les bidonvilles. 

 

- Rhétorique anti-capitaliste - 

 

Leur audience reste encore modeste pour l'instant, mais leur message pourrait porter dans des pays gouvernés par des dirigeants adeptes d'une politique économique libérale, où le taux de chômage des jeunes frôle ou dépasse les 50%, tandis qu'une poignée de privilégiés vit dans un luxe inouï.

Pour toucher les foules, les populistes usent d'une rhétorique anti-capitaliste empruntée aux partis communistes. Ils promettent de mettre un terme à la corruption des élites tout en répartissant mieux les richesses. 

"Ils sont anti-système, et promettent tout à tout le monde: de meilleures écoles, des hôpitaux, de la croissance, etc...", dénonce Danielle Resnick, auteur d'un livre sur la pauvreté urbaine et le populisme en Afrique. "Mais le plus inquiétant, c'est qu'une fois au pouvoir, ils tendent à devenir des partis autocratiques". 

Les trublions sud-africains, namibiens et bostwanais ne sont pas encore aux portes du pouvoir. Mais ils mettent déjà des sujets brûlants au centre du débat politique, comme la redistribution des terres, les nationalisations, la discrimination positive pour les Noirs dans l'économie.

"Ces partis commenceront à avoir un impact réel, et pas seulement rhétorique, lorsqu'ils gagneront davantage d'électeurs des villes, éventuellement en s'alliant aux syndicats", prédit Marc Rosenberg, du Groupe Eurasia, une société de consultants spécialisée dans le risque politique.

"C'est à double tranchant", reprend Mme Resnick, "d'un côté ils ont un impact positif en générant une participation démocratique et en remettant dans le jeu des groupes marginalisés, de l'autre, ils risquent de créer de fausses attentes sur ce que peuvent faire leurs leaders une fois arrivés au pouvoir".

Dans la région, certains chefs d'Etat jouent déjà de cette corde populiste. En Zambie, le président Michael Sata a été élu en 2011 avec un discours anti-chinois, dénonçant l'exploitation des richesses et de la main-d'oeuvre nationale par les investisseurs asiatiques. 

Au Zimbabwe, le président Robert Mugabe, en place depuis plus de trente ans, cultive lui un propos anti-occidental qu'il a accompagné au début des années 2000 de saisies de terres des fermiers blancs et d'une loi pour imposer que la majorité des actionnaires des grosses entreprises soit des Noirs zimbabwéens. Ces réformes ont laissé son économie exsangue et ruiné sa population.

AFP

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