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Cameroun: 25 ans de prison pour l'avocate française Lydienne Yen-Eyoum

L'avocate française d'origine camerounaise Lydienne Yen-Eyoum, détenue depuis janvier 2010, a été condamnée vendredi à Yaoundé à 25 ans de prison pour détournement de fonds publics par le Tribunal criminel spécial (TCS) anti-corruption camerounais.

Cette avocate, qui a toujours nié les faits, avait été arrêtée dans le cadre de l'opération anti-corruption "Epervier", lancée en 2006 par le président Paul Biya, à la tête du pays depuis 1982. Mais les personnes accusées par les enquêteurs d'"Epervier" ont souvent affirmé être victimes de règlements de comptes politiques.

Devant la presse, à l'issue de l'audience, l'avocat de Mme Yen-Eyoum a déclaré qu'il allait se pourvoir en cassation. Elle "n'a commis aucune infraction", a ajouté Me Yondo Black.

S'adressant aux juges via la presse, il a lancé: "toute votre institution est à charge. J'ai honte d'avoir un parquet comme celui-là. J'ai honte de mon pays".

Une ancienne avocate française de l'accusée, Me Caroline Wassermann, s'est dit "horrifiée par la sévérité de ce jugement, mais pas étonnée". "Cette justice, totalement inique et partiale, correspond en tous points au pays dans lequel elle s'inscrit, un pays corrompu, dont les dirigeants sont sans doute parmi les plus corrompus d'Afrique", a-telle accusé.

L'avocat de l'Etat camerounais, Me Maloka Dikongué, a exprimé de son côté son "énorme satisfaction" au vu du verdict. "Ceux qui disent que notre justice est aux ordres sont servis aujourd'hui. Notre justice est indépendante".

Les juges ont déclaré Mme Yen-Eyoum coupable d'avoir détourné 1,077 milliard de FCFA (1,5 million d'euros).

L'affaire remonte à 2004. Elle avait alors mené une opération de recouvrement d'anciennes créances auprès de la SGBC, filiale de la banque française Société générale. En 2010, les enquêteurs lui ont reproché d'avoir gardé la moitié de la somme recouvrée, soit 1,077 milliard FCFA.

Selon la défense et l'accusée, un arrêt de justice de 2008 avait confirmé que cette somme revenait à l'avocate et n'appartenait pas à l'Etat camerounais.

Après lui avoir accordé des circonstances atténuantes, le TCS l'a également condamnée à payer solidairement avec deux autres personnes une amende de 1,153 milliard FCFA.

Un ancien ministre des Finances, Polycarpe Abah Abah, a été acquitté dans le cadre de la même affaire.

Lydienne Yen-Eyoum était détenue depuis le 8 janvier 2010 dans la capitale camerounaise. Elle n'avait pas encore à cette époque sa nationalité française, acquise en septembre 2010.

- 'Succursale de l'enfer' -

Le président de l'association française SOS Racisme, Dominique Sopo, a fait part de sa "stupéfaction" en apprenant la condamnation de l'avocate "arbitrairement détenue" depuis 2010, dont le sort rappelle "le calvaire subi par Michel Atangana".

Egalement français d'origine camerounaise, Michel Atangana a été libéré en février après 17 ans de prison pour une affaire de détournement de fonds publics qu'il niait. 

Le président de SOS Racisme demande "aux autorités françaises de manifester leur réprobation face à cette nouvelle pantalonnade et à Paul Biya de mettre un terme à des dysfonctionnements qu'il ne saurait accepter".

"Cette nouvelle témoigne que des forces obscures travaillent au Cameroun contre l'état de droit", a estimé un sénateur socialiste français, Jean-Yves Leconte, qui s'était rendu dans le pays.

En mars, le comité de soutien français de l'avocate avait dénoncé ses conditions de détention dans la prison de Kodengui à Yaoundé.

"Les conditions de détention de Lydienne Yen-Eyoum sont terrifiantes, elle partage 12 m2 avec quatorze codétenues", selon son comité de soutien.

"La prison de Kodengui est une succursale de l'enfer", selon le comité: "construite pour 800 détenus, elle abrite 4.000 prisonniers. C'est surpeuplé, très sale. Il y a le choléra, la peste. Des cadavres de détenus partent régulièrement à la fosse commune sans sépulture".

M. Biya a créé en décembre 2012 le TCS, un tribunal spécial chargé de juger des personnes suspectées d'avoir détourné des sommes au moins égales à 50 millions FCFA (76.000 euros).

Lancée en 2006 sous la pression des bailleurs de fonds, l'opération "Epervier" a déjà abouti à l'arrestation de nombreuses personnalités, dont des ex-ministres et dirigeants d'entreprises publiques.

Le Cameroun occupe le 146e rang sur 178 pays classés dans l'Index 2010 de la perception de la corruption de Transparency International.

AFP

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