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L'Afrique du Sud accélère ses projets de centrales nucléaires

L'accord-cadre sur le nucléaire signé par l'Afrique du Sud avec Moscou annonce une accélération des projets de construction de nouvelles centrales, controversés dans un pays qui a besoin de plus d'électricité mais manque d'argent pour les financer.

Cet accord de coopération inter-gouvernementale n'est ni un bon de commande, ni une préférence pour la technologie russe, a tenu à préciser le ministère sud-africain de l'Energie.

Mais après les déclarations pro-nucléaires du président Jacob Zuma en début de second mandat en juin, l'annonce surprise lundi en marge d'une conférence de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne n'est pas passée inaperçue.

"Des accords similaires seront signés avec d'autres pays vendeurs comme la France et la Chine", a souligné jeudi auprès de l'AFP Xolisa Mahbongo, un dirigeant de la société publique sud-africaine d'énergie nucléaire Necsa.

"Je prévois que la procédure d'acquisition (appel d'offre, ndlr) aura lieu au premier semestre de l'an prochain, à quelle date, je ne peux pas le dire avec certitude", a-t-il ajouté.

Officiellement, Pretoria en est toujours au stade des intentions en matière de nucléaire et semble faire du sur-place depuis plus de cinq ans, sans choix définitif ni modalités de financement.

Alors que signifie cet accord avec les Russes, actuellement en froid avec l'occident, s'interrogent de nombreux commentateurs depuis son annonce. 

"(...) C'est une étape majeure (...) quelque chose bouge", répond Dawid Serfontein, enseignant en ingéniérie nucléaire à l'université du Nord-Ouest, expliquant comment cet accord va titiller la concurrence.

"Le nucléaire est une magnifique technologie mais du fait qu'elle est chère, il y avait de gros doutes sur la façon dont l'Afrique du Sud allait pouvoir emprunter l'argent nécessaire. Là, les Russes arrivent et disent qu'ils prêtent l'argent si on leur achète", dit-il à l'AFP.

- 'Pourquoi Zuma est-il si pressé?' -

 

Désormais, les autres fabricants, qui se sont positionnés pour ce marché géant de 9.600 MW --l'équivalent de six à huit réacteurs dont le premier serait raccordé en 2023-- sont prévenus: "Tous ceux qui voudront venir à la table des négociations devront eux aussi au moins offrir de nous prêter l'argent pour décrocher l'affaire", souligne M. Serfontein.

Comme lui, les détracteurs de l'option nucléaire en Afrique du Sud ont analysé l'accord russe comme un signe de plus que les projets de l'Afrique du Sud, gelés faute d'argent depuis 2008, vont de l'avant, pilotés au plus niveau par le sous-comité à la sécurité énergétique auprès du président Jacob Zuma.

Economie la plus industrialisée du continent, l'Afrique du Sud possède déjà une centrale nucléaire près du Cap (sud), la seule du continent, fournie par des industriels français et en service depuis plus de 25 ans.

Mais la forte croissance des années 2000 a révélé les limites d'une infrastructure sous-dimensionnée, dépendante de centrales à charbon polluantes et vieillissantes, et d'un réseau de distribution en partie mal entretenu. 

Le réseau électrique sud-africain tourne en permanence au bord de la saturation, avec 33.000 à 35.000 MW disponibles ces jours-ci dans l'attente du raccordement avec un an de retard de la nouvelle centrale à charbon de Medupi (nord-est) prévu le 24 décembre. Cette centrale devrait ajouter 4.800 MW, mais pas avant 2017. 

Aussi, personne ne discute de la nécessité d'investir.

Mais la grande objection des anti-nucléaires en Afrique du Sud porte sur le coût insupportable et la disproportion du ticket nucléaire, 40 à 50 milliards de dollars pour toute la flotte selon l'agence atomique russe Rosatom. 

Les tarifs électriques ont déjà plus que triplé depuis 2008. La compagnie d'électricité publique Eskom n'a pas d'argent et l'Etat sud-africain flirte avec la limite d'endettement public tolérée par les marchés financiers.

Les sommes en jeu ont aussi réveillé le spectre de la corruption après la cuisante expérience du méga-contrat d'armement du tournant des années 2000 qui a conduit sous les verrous un proche conseiller du président Zuma. 

La tête de file de l'opposition Helen Zille a appelé à tout stopper, et son parti Alliance démocratique (DA) réclamé les détails de l'accord russe et menacé d'aller en justice.

Dans son éditorial jeudi, le quotidien économique Business Day étrillait "une décision dont toutes les informations suggèrent qu'elle pourrait être irrationnelle et puissamment désavantageuse pour les intérêts économiques du pays".

Et d'interroger: "La faiblesse des perspectives de croissance (en Afrique du Sud) est telle qu'elle oblige à se demander pourquoi le président Zuma est si pressé d'acheter autant de capacité nucléaire".

 

 

 

AFP

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