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Lagos: une rescapée de l'effondrement d'une auberge évoque les "cris" des victimes

Coincée durant cinq jours et sans répères sous les décombres de l'immeuble d'un télévangéliste nigérian à Lagos, une rescapée sud-africaine, Lindiwe Ndwandwe a entendu les cris d'autres victimes. Jusqu'à ne plus entendre que leur silence.

Au total, 86 personnes --dont 84 Sud-Africains -- ont trouvé la mort et des dizaines d'autres ont été blessées dans l'effondrement de l'auberge accueillant les fidèles du sulfureux télévangéliste nigérian TB Joshua, le 12 septembre.

En Afrique du Sud, le principal parti d'opposition, l'Alliance Démocratique, a appelé dimanche le gouvernement à poursuivre le prêcheur et son Église, les pointant comme les principaux responsables du lourd bilan de ce drame.

A Lagos, Mme Ndwandwe a encore du mal à réaliser qu'elle est bel et bien en vie.

Elle raconte avoir passé cinq jours dans des toilettes voisines de la salle de réception qui s'est effondrée, respirant grâce à un minuscule trou d'air. 

Elle dit avoir été contrainte de boire sa propre urine pour survivre.

"C'est comme un rêve pour moi, quand je me dis que c'est vraiment moi qui suis sortie de là", a déclaré la Sud-Africaine à des journalistes samedi au cours d'une rencontre organisée par l'Église sur les lieux du drame.

"Je n'y crois pas. Si je pleure, c'est parce que je n'y crois toujours pas", dit-elle.

Selon les autorités sud-africaines, environ 350 adeptes sud-africains du prêcheur se trouvaient dans l'enceinte de l'immense église du quartier d'Ikotun, à Lagos, au moment où l'immeuble de trois étages s'est écroulé, alors qu'il faisait l'objet de travaux d'agrandissement.

    - TB Joshua "coupable"?- 

TB Joshua, un télévangéliste qui se fait appeler "le prophète" et qui prétend, entre autres miracles, être capable de réveiller les morts, a observé une minute de silence lors du service de dimanche, en mémoire des victimes de l'accident et a promis de se rendre en Afrique du Sud pour rencontrer les survivants et les familles des victimes.

Sa vaste église de Lagos, située dans la périphérie nord de la capitale économique nigériane, attire chaque dimanche une foule cosmopolite de milliers d'adeptes de ses prétendues prophéties et "délivrances" de mauvais esprits, transmis sur sa chaîne de télévision emmanuel.tv.

Les photographies qui ornent les murs de ses salles d'attente sont un "who's who" des dirigeants africains, allant de l'ancienne présidente du Malawi Joyce Banda à l'ex-Premier ministre du Zimbabwe Morgan Tsvangirai. Mais sa réputation, à l'internationale, pourrait être entâchée par ce drame.

En Afrique du Sud, le premier parti d'opposition, l'Alliance Démocratique, est monté au créneau, appelant à des poursuites contre le prêcheur nigérian et son église.  

L'Alliance démocratique a évoqué des plaintes des services de secours nigérians, qui ont dit avoir été empêchés d'accéder au site par le personnel de la SCOAN dans les jours qui ont suivi l'accident.

"L'Alliance démocratique estime qu'il existe des preuves suffisantes pour que le gouvernement sud-africain explore au moins la possibilité d'un recours collectif (contre cette église), au nom des familles concernées", a déclaré Stevens Mokgalapa, responsable de ce parti dans un communiqué.

Cette "église et ses membres pourraient être responsables pénalement de la mort d'un certain nombre de Sud-Africains qui auraient pu être sauvés des décombres si les secours avaient pu faire leur travail rapidement", a-t-il poursuivi.

Il a ajouté que l'église pourrait aussi être attaquée pour "négligence dans la rénovation du bâtiment effondré", se basant sur des informations selon lesquelles les deux étages supérieurs qui étaient en cours de construction n'avaient pas reçu l'approbation des autorités locales.

Le président nigérian Goodluck Jonathan s'est rendu sur les lieux du drame samedi. Il a promis l'ouverture d'une enquête sur les causes de l'accident.

Le chef de l'Etat nigérian a déclaré qu'il regrettait que des vingtaines d'étrangers, en particulier sud-africains, soient morts dans cette tragédie, soulignant qu'il avait exprimé ses condoléances au président Jacob Zuma.

AFP

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