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Malgré les naufrages, les migrants veulent toujours rejoindre l'Europe

Il s'en est fallu de peu pour qu'Abou Fahd embarque sur le bateau dont le naufrage a fait des centaines de morts en Méditerranée. Mais, malgré les risques, ce Syrien planifie déjà sa prochaine tentative pour rejoindre l'Europe illégalement depuis l'Egypte.

Le 6 septembre, Abou Fahd - un pseudonyme - et sa famille s'apprêtaient à embarquer à bord d'un bateau dans les environs du port égyptien de Damiette. Direction: l'Italie. Mais ils en ont été empêchés par l'armée qui les a arrêtés.

Déveine providentielle: quatre jours plus tard, ce même bateau a été volontairement coulé au large de Malte par les passeurs quand les passagers ont refusé de monter dans une embarcation plus petite.

Quelque 500 migrants sont morts noyés, le naufrage "le plus grave de ces dernières années" en Méditerranée, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Malgré cette tragédie, Abou Fahd assure être toujours prêt à courir le risque d'une traversée pour offrir un futur meilleur à sa famille et échapper à la pauvreté. 

"Je recommencerai encore et encore", affirme cet homme barbu de 51 ans, vêtu d'un short et d'un T-shirt rayé, qui a été libéré jeudi.

Assis sur le balcon d'une chambre d'hôtel près de Damiette, Abou Fahd explique qu'il avait donné 2.300 euros aux passeurs pour qu'ils l'emmènent, avec sa femme et ses cinq enfants, en Italie, après des années passées illégalement en Egypte.

Pour payer ces hommes, rencontrés au Caire, où il vivait auparavant, il a vendu ses meubles. Et tout ce que sa famille possède désormais, ce sont les vêtements qu'ils portent, dit-il.

 

- 'Couteaux et pistolets' -

 

"J'ai dit à ma femme que le voyage était dangereux, et que je ne savais pas si nous allions atteindre l'autre rive avec tous nos enfants en vie", admet-il, son fils de quatre ans sur les genoux.

"Nous étions entassés dans un bus avec plus de 80 autres personnes. Les passeurs avaient des couteaux et des pistolets, ils nous criaient dessus sans arrêt".

"Nous sommes descendus sur une plage près de laquelle un bateau lançait des signaux lumineux. Nous avons essayé de l'atteindre, mais nous sommes restés à la traîne car ma femme boitait. Et puis tout à coup l'armée a bondi sur nous".

Les passeurs se sont enfuis, et les soldats ont arrêté Abou Fahd et sa famille, ainsi que des dizaines d'autres migrants - sans savoir qu'ils les sauvaient ainsi d'un terrible naufrage.

La fille de Gazia Abou Nabout est l'une des très rares survivants de la catastrophe. Doaa, 18 ans, se trouve maintenant en Grèce. Son fiancé, lui, est mort noyé.

"Ma fille et son fiancé ont contacté les passeurs via Facebook", déclare Gazia, 45 ans, arrivée en Egypte avec sa famille en novembre 2012 après avoir fui la guerre en Syrie.

"C'était leur deuxième tentative", ajoute-t-elle. "Nous n'avons pas encore payé aux passeurs les 2.500 dollars (1.950 euros, ndlr) sur lesquels nous nous étions mis d'accord".

"Le fiancé de ma fille savait les dangers que représentait le voyage. Mais ils voulaient partir afin de pouvoir aider nos familles", déclare son mari Choukri Mohamed Zamel, alors qu'ils survivent grâce à l'aide de l'agence pour les réfugiés de l'ONU.

 

- 'Mafia de passeurs' -

 

Selon des militants, des villes du nord de l'Egypte comme Alexandrie, Beheira, Kafr el-Cheikh et Damiette sont devenues des centres du trafic de migrants.

Après le naufrage, les autorités ont pointé du doigt des bandes de trafiquants. "Il existe une mafia de passeurs qui conduit en Italie des migrants clandestins", a dénoncé auprès de l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur Hany Abdel Latif.

Selon lui, des migrants syriens et palestiniens pénètrent en Egypte avec des visas de touristes avant de tenter la traversée.

En 2011 et 2012, des trafiquants faisaient passer clandestinement des migrants en Israël, via le Sinaï, puis en Europe, selon Amr Taha, coordinateur pour l'Egypte de l'OIM.

"Cette route a changé, et ils ont fait passer des gens en Europe via la Libye. Et depuis 2013, l'Egypte est (re)devenue la route après que la situation sécuritaire s'est détériorée en Libye", précise-t-il.

Mais Abou Nabout ne jette pas la pierre aux passeurs. "Nous ne pouvons pas en vouloir aux passeurs, car ils nous aident à trouver des vies meilleures".

AFP

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