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Kenya: un an après l'attaque du Westgate, l'économie touchée mais pas coulée

C'était un symbole de l'explosion de la classe moyenne kényane: un vaste supermarché, rempli de télévisions à écran plat, de vins importés et de rayons garnis de fromages et charcuteries.

Mais quand un commando islamiste, lié aux insurgés somaliens shebab, a pris d'assaut le centre commercial Westgate qui l'abritait le 21 septembre 2013, faisant 67 morts, le Nakumatt est devenu l'épicentre d'un des pires massacres que le pays ait connu.

L'attentat a non seulement détruit la vie de nombreuses personnes, mais il a frappé de plein fouet l'économie kényane, la première d'Afrique de l'Est, déjà fragilisée depuis quelques années par une série d'attaques de moindre ampleur.

A la fin du siège, quatre jours après le début de l'assaut islamiste, "nous avions tout perdu", confie aujourd'hui Atul Shah, directeur de Nakumatt Holdings, la plus grande chaîne de supermarchés d'Afrique de l'Est en nombre de magasins. Le "Nakumatt Westgate", dont trois employés ont péri dans le massacre, était le magasin-phare du groupe en terme de chiffre d'affaires.

"Les affaires ont ralenti pendant quelques mois, tout le monde évitait les centres commerciaux ou les lieux publics", poursuit M. Shah.

Le magasin Nakumatt, où le commando islamiste s'était retranché, a été entièrement détruit par un incendie déclenché durant les affrontements avec les forces de sécurité, et s'est en partie effondré. 

Le Westgate n'a pas rouvert depuis l'attaque.

 

- Capacité de rebond - 

 

"Plus que tout, l'attaque du Westgate a affaibli le discours sur +l'essor de l'Afrique et l'émergence d'une classe moyenne+", estime Aly-Khan Satchu, analyste financier basé à Nairobi, pour qui cette classe moyenne est, depuis, bien plus "sur la défensive".

En juin, la Banque mondiale a abaissé de 0,5 point, à 4,7%, sa prévision de croissance pour le Kenya en 2014, invoquant un mélange d'insécurité et de mauvaises conditions climatiques.

Car depuis le Westgate, le Kenya a continué d'être frappé par des attaques: attentats à Nairobi et Mombasa, sur la côte, mais aussi raids meurtriers dans la région du touristique archipel de Lamu.

Plusieurs pays occidentaux ont depuis recommandé à leurs ressortissants d'éviter le port de Mombasa, la deuxième ville du pays, voire une longue partie de la côte de l'océan Indien. En mai, des voyagistes britanniques ont même évacué des centaines de touristes et ont suspendu leurs vols vers Mombasa jusqu'à nouvel ordre.

"Depuis l'attaque du Westgate, le secteur du tourisme a été frappé par une myriade de défis, en particulier le long de la côte kényane", estime Mohamed Hersi, président de l'association des professionnels du tourisme de la côte kényane. Le secteur pesait environ 14% du produit intérieur brut en 2011.

Le Bureau du tourisme kényan tend, lui, à minimiser l'impact de tous ces événements, affirmant que les arrivées de visiteurs ont baissé d'à peine 5% sur le premier trimestre de l'année. Mais les acteurs du tourisme, notamment les hôtels, assurent que les taux d'occupation ont plongé.

"Les recommandations aux voyageurs ont nui au secteur" touristique, martèle M. Hersi. "Nous avons pratiquement fermé boutique. Nous avons eu une baisse de 40%" des réservations dans les hôtels de la côte.

"Les répercussions négatives se sont fait sentir surtout sur le tourisme côtier, qui est sur les genoux, et qui a peu de chance de rebondir significativement dans les douze prochains mois", poursuit M. Satchu. "Le temps passé dans les centres commerciaux a de la même façon dégringolé".

Mais le Kenya, dont l'économie est diversifiée, s'est déjà remis de coups durs, comme après l'attaque contre l'ambassade américaine de Nairobi en 1998 ou les violences meurtrières qui ont suivi l'élection présidentielle de fin 2007.

La Bourse de Nairobi a "progressé de plus de 30% depuis le Westgate, ce qui est un signal majeur", nuance ainsi M. Satchu, ajoutant que l'émission obligataire à laquelle le Kenya a procédé en juin (2 milliards de dollars) a été "massivement souscrite".

Sur le bâtiment du Westgate, dont l'accès reste condamné par une palissade de tôle ondulée, les impacts de balles sont toujours visibles.

Mais M. Shah se veut confiant. "Nous nous en remettrons un jour, et prierons pour que rien de tel ne se reproduise".

 

AFP

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