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Le Soudan du Sud interdit d'employer des étrangers, y compris dans les ONG

Le gouvernement du Soudan du Sud, plus jeune pays du monde au bord de la famine après neuf mois de guerre civile, a sommé mardi toutes les entreprises privées et ONG du pays de cesser d'employer des étrangers sous un mois et de les remplacer par des Sud-Soudanais.

Aucune explication à cette décision n'a été fournie dans l'immédiat, alors que l'économie balbutiante du jeune pays, qui a proclamé son indépendance le 9 juillet 2011 sur les décombres de décennies de guerres contre Khartoum, souffre de ce nouveau conflit et qu'une importante partie de la population dépend des ONG internationales pour se nourrir.

Dans une circulaire datée du 12 septembre et publiée mardi dans les annonces légales de la presse locale, le ministre sud-soudanais du Travail Ngor Kolong Ngor "ordonne à toutes les ONG et compagnies privées" opérant au Soudan du Sud de "notifier à tous les étrangers travaillant pour elles, à tous les postes, de cesser de travailler à partir du 15 octobre".

"Ce préavis d'un mois commence le 15 septembre 2014 et prend fin le 15 octobre", poursuit le ministre dans cette circulaire citant les "banques, sociétés des secteurs de l'assurance, des télécommunications et du pétrole, les hôtels et auberges" parmi les entreprises concernées.

"Il est demandé à toutes ces institutions, entreprises et entités commerciales de publier les postes vacants de directeurs exécutifs, chefs du personnel, secrétaires, responsable des ressources humaines, chargés des relations publiques, chargés des approvisionnements/logisticiens, personnels d'accueil, agents du protocole et réceptionnistes", peut-on également lire.

La circulaire stipule également que "via le bureau du directeur général du Travail au ministère, ces postes doivent être pourvus par des citoyens sud-soudanais compétents".

 

- Programmes d'aides menacés -

 

Contacté par l'AFP, le porte-parole du gouvernement sud-soudanais Michael Makuei a minimisé la portée de la circulaire, précisant qu'elle ne concernait que "les emplois que les Sud-Soudanais peuvent exercer" et suggéré un possible problème de communication de la part du ministère du Travail.

"Cela ne concerne pas tous les étrangers, mais ceux employés à des postes spécifiques", a-t-il affirmé depuis Addis Abeba, où se tiennent des négociations de paix qui s'éternisent sans réelle avancée.

Il a néanmoins confirmé que les postes rendus vacants par cette directive seraient pourvus "sous l'autorité du ministère" du Travail, laissant entendre que le gouvernement aurait son mot à dire sur les nominations.

Le Soudan du Sud a plongé le 15 décembre dans un sanglant conflit opposant les troupes loyales au président Salva Kiir à celles mutinées fidèles à son ancien vice-président Riek Machar, sur fond de rivalité entre les deux hommes à la tête du régime et de rancoeurs anciennes entre les deux principaux peuples du pays dont ils sont respectivement issus.

Les combats, accompagnés de massacres ethniques, ont fait des milliers voire des dizaines de milliers de morts et chassé plus d'1,8 million de Sud-Soudanais de chez eux. Le pays est menacé par la famine, selon l'ONU et acteurs humanitaires.

"Si cette directive est appliquée, cela va massivement perturber les programmes d'aide qui nourrissent plus d'un million de personnes à travers le pays", a estimé Tariq Riebl, directeur de l'ONG britannique Oxfam au Soudan du Sud.

"Bien que la vaste majorité du personnel d'Oxfam ici soit Sud-Soudanais - et nous faisons tous les efforts possibles pour embaucher du personnel local - de nombreux étrangers occupent des postes-clés", a-t-il souligné.

L'ONG internationale Global Witness a elle accusé le gouvernement de "tenter d'expulser des personnels humanitaires qualifiés au milieu d'une grave crise humanitaire".

Cette "décision démontre un mépris total pour la vie de 1,3 millions de personnes déplacées" à l'intérieur du pays par le conflit, selon l'ONG qui souligne en outre les risques pour l'économie sud-soudanaise.

Les deux guerres contre Khartoum (1955-1972 et 1983-2005) ont privé la nation sud-soudanaise d'infrastructures, de services éducatif et de santé et poussé à l'exil plus d'un dizième de sa population. Malgré le retour d'une partie de sa diaspora, formée dans les universités étrangères, le pays manque cruellement de main d'oeuvre qualifiée et seul un peu plus d'un quart de la population est alphabétisée.

Le jeune pays reste dépourvu d'industrie et son potentiel agricole est inexploité. L'actuel conflit a en outre mis en partie à l'arrêt l'exploitation des importantes ressources pétrolières qui assurent 98% de ses ressources.

AFP

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