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L'Afrique du Sud réenterre l'éditorialiste anti-apartheid Nat Nakasa

Nathaniel Nakasa, jeune éditorialiste anti-apartheid mort prématurément à New York en 1965 alors que le régime raciste sud-africain en avait fait un indésirable, devait être réinhumé samedi après-midi à l'issue d'une cérémonie très solennelle à Durban (est). 

Plume critique parmi les plus prometteuses de sa génération, Nat Nakasa avait obtenu à 27 ans une prestigieuse bourse de l'université américaine d'Harvard mais les autorités sud-africaines lui avaient refusé tout passeport pour voyager.

La mort dans l'âme et poussé par son mentor et ami au quotidien Rand Daily Mail, Allister Sparks, qui le publiait chaque semaine, Nakasa avait accepté l'exil, muni d'un sauf-conduit lui interdisant toute possibilité de retour dans sa terre natale.

Il devait mourir peu après à 28 ans en se jetant du haut d'un immeuble à New York.

Samedi, plusieurs centaines de personnalités sud-africaines et membres de la famille assistaient dans une ambiance très émue à l'hommage qui lui était rendu à l'hôtel de ville de Durban où le cercueil avait été amené en procession. La cérémonie était retransmise en directe à la radio-télévision publique.

Certains commentateurs estimaient que Nat Nakasa, esprit libre et détaché des conventions, aurait certainement critiqué ces efforts pour le faire entrer dans l'histoire officielle et la galerie des martyrs de l'apartheid.

Il en va de la "restauration de notre identité culturelle", a au contraire défendu le ministre de la Culture Nathi Mthethwa cette semaine dans le quotidien New Age, estimant du devoir du gouvernement d'honorer un héros de la jeunesse et de l'intelligentsia noire, victime d'une période de l'histoire nationale "brutale et déshumanisante".

Enterré aux Etats-Unis depuis presque cinquante ans, la dépouille de Nat Nakasa avait exhumée et rapatriée le mois dernier. 

"Il ne voulait pas partir", s'est souvenu cette semaine dans un texte d'hommage Allister Sparks. "Mais je l'ai persuadé. Parce qu'il avait tellement de talent". 

"Je pensais qu'il allait s'épanouir avec la liberté. Au lieu de ça, il est mort", a-t-il regretté. "Nakasa est mort le coeur brisé parce qu'il avait dû quitter son pays avec un permis de sortie, c'est-à-dire un aller sans retour. (...) Il est mort de frustration et de désillusion parce qu'il n'avait pas trouvé la liberté attendue aux Etats-Unis mais le racisme, un mal qu'il croyait propre à l'Afrique du Sud".

Nakasa était une figure à part dans l'Afrique du Sud des années 1960, libéral et partisan du non-racialisme à une époque où la répression de la minorité blanche poussaient ses contemporains vers un nationalisme noir très militant rejetant toute coordination avec les opposants blancs à l'apartheid.

AFP

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