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Côte d'Ivoire: Ouattara sur les terres de son allié avant la présidentielle de 2015

Le président Alassane Ouattara entame dimanche une tournée dans le centre de la Côte d'Ivoire, une visite stratégique sur les terres de son principal allié à 13 mois de la présidentielle de 2015.

La région de Daoukro n'est pas seulement connue pour ses plantations de cacao, dont le pays est le premier producteur mondial. Elle est surtout le fief d'Henri Konan Bédié, président de la République de 1993 jusqu'au putsch de 1999 et patron du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), partenaire-clé de M. Ouattara.

Si le chef de l'Etat est coutumier de ces séjours dans l'intérieur du pays, censés dynamiser le développement d'une Côte d'Ivoire abîmée par une longue crise politico-militaire, cette visite chez le "sphinx de Daoukro" (surnom de M. Bédié) est "plus électoraliste" que les autres, explique à l'AFP le politologue Yves Ouya.

Avant le prochain scrutin présidentiel, le PDCI est en effet divisé: doit-il aligner un candidat face à M. Ouattara, qui s'est d'ores et déjà déclaré?

Après des années de relations orageuses, l'ancien parti unique avait permis l'élection d'Alassane Ouattara en 2010 à la faveur d'une alliance de second tour.

Sans surprise, le chef de l'Etat a déjà exprimé sa préférence pour une candidature unique. "Je souhaite que nous soyons tous ensemble pour les prochaines élections", a-t-il dit.

Problème: en octobre dernier, le PDCI, dont nombre de militants s'estiment perdants dans l'alliance actuelle, a décidé de présenter un candidat issu de ses rangs à ce scrutin.

 

- 'Opération de charme' -

 

Pour encourager le PDCI, une modification de la Constitution serait à l'étude, visant à créer un statut de vice-président, dévolu à son leader.

La venue à Daoukro est en ce sens "une opération de charme" de M. Ouattara pour "faire en sorte que M. Bédié ait le sentiment de co-gérer le pays avec lui", observe Yves Ouya.

Elle va "renforcer les liens très forts entre les deux poids lourds" et permettre des "réglages nécessaires" en vue d'une "élection apaisée en 2015", affirme Niamien N'Goran, vice-président du PDCI et président du comité d'organisation de la visite.

Mais, selon de nombreux observateurs, M. Ouattara, dont le bastion est le nord du pays, a autre chose en tête en se rendant dans la région de Daoukro: il veut convaincre les chefs traditionnels du Centre, favorables au PDCI, dont l'appel à voter pour lui avait été déterminant en 2010.

Or, l'Assemblée nationale a adopté une loi en juillet instituant une chambre pour les "8.000 rois et chefs traditionnels", qui bénéficieront désormais d'une subvention annuelle inscrite au budget national. 

Une mesure officiellement prise pour leur donner un "cadre légal plus affirmé", dans un pays où les autorités traditionnelles jouent un rôle majeur et suppléent souvent à la faiblesse de l'Etat.

"Ouattara a eu deux éclairs de génie en vue d'être réélu", juge un bon connaisseur de la politique ivoirienne. Il cite ce projet de "chambre des rois", mais aussi l'idée de donner le nom d'Henri Konan Bédié au troisième pont en construction sur la lagune d'Abidjan, un chantier phare de son mandat.

Avec ce chantier, comme avec sa visite dans le centre du pays, M. Ouattara veut aussi peaufiner son image de bâtisseur.

A quatre reprises déjà, le chef de l'Etat s'est rendu dans l'Ouest, le Nord ou le Centre, où d'importants travaux sont systématiquement financés à l'occasion de son arrivée (routes asphaltées, pistes lissées, électrification, adduction d'eau, bâtiments publics réhabilités...).

D'après une source ministérielle, 30 milliards de francs CFA (environ 46 millions d'euros) auraient ainsi été dépensés dans la région de Daoukro.

Le président Ouattara a promis de faire de la Côte d'Ivoire un pays "émergent" à l'horizon 2020, et justifie par là sa nouvelle candidature en 2015.

La présidentielle est censée surtout parachever l'apaisement de la Côte d'Ivoire: le pays veut tourner la page de la crise postélectorale de 2010-2011 et de ses quelque 3.000 morts, épilogue d'une longue décennie de tourmente.

AFP

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