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Somalie: des femmes violées par des soldats de la Force africaine, selon un rapport

Des soldats de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom) ont violé et exploité sexuellement des femmes et jeunes filles somaliennes sur leurs bases de Mogadiscio, affirme l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié lundi.

"Les soldats de l'UA, se servant d'intermédiaires somaliens, ont utilisé une variété de tactiques, dont l'aide humanitaire, pour contraindre des femmes et des filles vulnérables à des activités sexuelles. Ils ont aussi violé et agressé sexuellement des femmes venues chercher une aide médicale ou de l'eau sur les bases de l'Amisom", a détaillé HRW.

"Les pays contributeurs de troupes, l'Union africaine (UA) et les bailleurs qui financent l'Amisom devraient se pencher urgemment sur ces abus et renforcer les procédures en Somalie pour que justice soit rendue", a estimé l'ONG de défense des droits de l'Homme dans ce rapport de 71 pages.

Dans un communiqué, l'UA a assuré que les accusations de HRW feraient l'objet d'une "enquête approfondie" et que des "mesures appropriées seraient prises si elles s'avéraient exactes (...) conformément à la politique de tolérance zéro de l'UA en la matière".

Mais l'organisation dénonce des "distorsions, inexactitudes et opinions biaisées" et reproche à HRW de se servir d'un "petit nombre de cas pour arriver à une conclusion générale". 

Ces "accusations ne réflètent pas le caractère, la culture et la gestion de l'Amisom" et "constituent une représentation fausse des sacrifices, réussites et de l'engagement authentique de l'Amisom et des pays" fournisseurs de troupes, assure-t-elle.

L'Amisom, déployée depuis 2007 à travers la Somalie où elle appuie les fragiles autorités de Mogadiscio dans leur combat contre les islamistes shebab, est financée essentiellement par l'ONU, l'Union européenne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

La force compte aujourd'hui 22.000 hommes et est constituée de contingents ougandais, burundais, kényan, éthiopien, djiboutien et sierra-léonais.

 

- Poussées par la faim -

 

L'Amisom a enregistré depuis deux ans une série ininterrompue de succès militaires qui ont contraint les shebab à abandonner progressivement l'essentiel de leurs bastions du sud et du centre de la Somalie.

Intitulé "Le pouvoir que ces hommes ont sur nous: exploitation et violence sexuelles par les troupes de l'Union africaine en Somalie", le rapport s'appuie sur des recherches menées en Somalie, en Ouganda et au Burundi.

Il se base sur les témoignages de 21 Somaliennes, femmes et filles, disant avoir été violées ou exploitées sexuellement depuis 2013 sur deux bases, ougandaise et burundaise de Mogadiscio, et sur les dires de plus de 30 témoins, observateurs étrangers, soldats et responsables de pays contributeurs de troupes.

Fin 2013, Qamar R., 15 ans, s'est rendue sur la base du contingent burundais pour chercher des médicaments. Un interprète somalien lui a dit de suivre deux soldats burundais, dont l'un l'a violée et l'autre lui a donné 10$, a-t-elle raconté.

Des soldats ont remis de l'argent ou de la nourriture à des femmes qu'ils venaient de violer afin, semble-t-il, de faire passer l'agression pour une transaction sexuelle ou les décourager de porter plainte, selon HRW.

En mai 2013, Kassa D., 19 ans, incapable de s'acheter à manger, a raconté avoir été mise en contact avec un interprète somalien de la base ougandaise de l'Amisom, qui l'a présentée à un soldat. Celui-ci lui a donné 10$ après avoir eu des rapports sexuels avec elle.

Au début, "je voulais m'enfuir, mais je savais que ce qui m'avait poussée ici m'y ramènerait: la faim", a-t-elle expliqué à HRW, confiant avoir désormais des rapports tarifés avec ce soldat depuis six mois.

Selon l'ONG, "l'exploitation sexuelle" est un phénomène connu sur les bases de l'Amisom à Mogadiscio. La plupart des victimes n'ont pas porté plainte, par peur de représailles, de stigmatisation, voire, pour certaines, de perdre leur seul revenu.

Le rapport se concentre sur des événements survenus à Mogadiscio, où sont déployées des troupes ougandaises et burundaises, mais HRW n'exclut pas que pareils abus se produisent ailleurs en Somalie.

Les Somaliennes interrogées font partie des dizaines de milliers de personnes originaires du Sud et du Centre et déplacées à Mogadiscio par le conflit et la faim.

HRW a appelé les dirigeants somaliens et l'UA à faire pression sur les pays fournisseurs de troupes pour qu'ils traduisent les responsables en justice.

AFP

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