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Ebola: au Liberia, il faut une froideur clinique pour sauver des vies

Fatimah Jakemah était en fin de grossesse quand elle est morte d'Ebola. En combinaison de protection, des agents de la Croix-Rouge du Liberia tirent la fermeture éclair de son sac mortuaire et désinfectent la maison avant de passer à la suivante: l'épidémie ne laisse guère de place à la compassion.

"Elle avait 20 ans et c'était la première fois qu'elle était enceinte", affirme Gaimu Paul, un voisin à Banjor, un bidonville dans la périphérie de la capitale Monrovia. "Quand elle est tombée malade, ses voisins ont fui. Personne ne sait où".

La jeune femme a passé des jours à appeler à l'aide avant que ses cris ne s'éteignent. "Elle réclamait à boire et à manger mais nous avions peur de l'approcher. Quiconque s'approche d'un malade d'Ebola pour l'aider est rejeté par la communauté", explique-t-il.

Au Liberia, le pays le plus touché par l'épidémie, qui compte pour plus de la moitié des 2.000 morts déjà enregistrés, c'est à la Croix-Rouge que revient la lourde tâche de faire du porte-à-porte pour ramasser les corps des victimes et stériliser leurs maisons.

Ce jour-là à Banjor, la Croix-Rouge est venue collecter deux cadavres, mais apparemment, il y en a plus.

Une fois Fatimah Jakemah évacuée, le responsable du quartier, John Yarngroble montre au chef d'équipe, Kiyea Friday, une autre hutte en bois et en tôle.

Un homme d'une quarantaine d'années, Fatoma Amadu, malade mais encore en vie, gît à l'entrée de sa véranda, respirant difficilement. 

Deux infirmiers en combinaisons anti-bactériologiques l'enjambent pour entrer dans la maison où ils s'attendent à trouver le corps d'une vieille femme. Mais ils ressortent au bout de quelques minutes après pour dire qu'elle est encore vivante.

"Nous sommes là uniquement pour récupérer des corps. Avant de nous appeler, assurez-vous que la personne est décédée. D'autres personnes s'occupent des malades", dit Kiyea Friday, sermonnant John Yarngroble.

"Oui, Monsieur. Nous vous rappellerons quand ils seront morts. Merci d'être venu", répond ce dernier sur un ton courtois, tandis que des larmes roulent sur ses joues.

-'Tellement de morts'-

Le chef d'équipe de la Croix-Rouge appelle de son téléphone portable, d'une voix posée mais avec une expression d'urgence.

"J'ai deux personnes ici dans un état critique. Pouvez-vous envoyer une ambulance? J'ai aussi besoin d'au minimum six sacs mortuaires en plus. Il y a tellement de morts. Je me sens mal, Monsieur. Le taux de mortalité est trop élevé", lâche-t-il dans l'appareil.

La mission de la Croix-Rouge est baptisée "gestion des cadavres", un euphémisme qui minimise leur importance dans la prévention de la propagation.

M. Friday demande à ses hommes de remonter dans leurs ambulances pour se rendre dans une maison où un père et son fils sont morts.

"Il a récemment perdu un de ses enfants qui était malade à Brewerville", une localité voisine, raconte Mohamed Barbar, un ami de la famille. "Comme ils sont musulmans, il est allé là-bas pour laver le corps. Depuis leur retour, ils sont malades et cinq d'entre eux sont morts".

Il fait venir deux fils du défunt, âgés de 20 ans et huit ans. "Ce sont ceux qui étaient en contact avec eux pendant qu'ils étaient malades", indique-t-il à Kiyea Friday qui demande aux deux frères d'aller faire un test dans un centre de traitement.

"Nous vous disons cela pour qu'il n'y ait pas d'autres morts. Vous avez approché votre père et votre frère et vous êtes occupés d'eux. Vous devez subir un test", leur dit le chef d'équipe de la Croix-Rouge.

Il secoue la tête face à leur manque d'attention et confie dans un souffle: "Eux aussi ont l'air très malades. Ils ont besoin de soins".

Les victimes d'Ebola sont à leur niveau de contagion maximale juste après la mort. Les funérailles traditionnelles impliquant le lavage des corps, incriminées dans la propagation, sont désormais interdites.

En cinq minutes, l'équipe extrait les corps de la maison et les deux frères survivants éclatent en sanglots à la vue des sacs mortuaires fermés.

"Parfois, nous ramassons plus de 15 corps par jour et nous ne sommes pas la seule équipe. Je dirais qu'au total la Croix-Rouge en récupère 30 à 50 quotidiennement", précise M. Friday. "Les gens meurent et nous ne savons pas quand ni comment ça finira"

AFP

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