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Au Liberia, Ebola dicte sa loi jusque dans les églises

C'est un service religieux comme les autres dans l'église des Missions baptistes de la Résurrection au Liberia. Si ce n'est que le pasteur commence par expliquer aux fidèles la nouvelle disposition des sièges pour éviter tout contact: "C'est la loi d'Ebola".

Avant d'entrer dans l'église, il faut soigneusement se laver les mains avec une solution chlorée et, à l'intérieur, chacun garde ses distances.

"Nous avons écarté les chaises et élargi les allées", indique le révérend Joseph Johnson à ses ouailles, qui s'éventent dans la moiteur de Monrovia, la capitale d'un million d'habitants, en grande majorité chrétiens de toutes obédiences.

"C'est la loi d'Ebola. Nous devons nous assurer qu'il n'y a pas de contact corporel entre vous. Quand Ebola sera endigué, nous reviendrons à nos propres règles", ajoute-t-il. 

La main gauche levée, la droite tenant une Bible contre sa poitrine, le révérend Johnson ferme les yeux et invite l'assistance à se lever.

"Nous te demandons, ô Seigneur, de venir à notre secours. Nous te le demandons parce que tu es le seul à pouvoir nous aider", affirme-t-il. "Ebola nous tue et tue nos enfants".

Il fait ensuite lever les nouveaux venus pour qu'ils soient accueillis par les plus anciens. "Ne leur serrez pas la main. Saluez-les simplement et souhaitez-leur la bienvenue. C'est suffisant pour le moment", les admoneste-t-il.

Le c½ur du sermon lui-même est aussi consacré à l'épidémie.

"Ebola n'est pas une invention, c'est une réalité. Ne vous laissez duper par aucun pasteur disant qu'il a de l'huile sacrée contre Ebola. Vous lui donnerez votre argent sacré et puis vous mourrez", prévient Joseph Johnson.

"Ne dites pas que, puisque vous priez tous les jours, vous pouvez avoir des contacts physiques avec les gens et que Dieu vous protègera. Dieu n'a pas dit cela", met-il en garde.

Essuyant la transpiration de son front, le pasteur, connu pour son franc-parler, fustige le gouvernement de la présidente Ellen Johnson Sirleaf, qui a tardé à réagir.

"Quand le virus est arrivé pour la première fois de Guinée, un gouvernement responsable aurait pris les précautions nécessaires pour l'arrêter à la frontière", accuse-t-il.

"Ils sont restés les bras croisés et l'ont laissé nous ronger à petit feu jusqu'à ce qu'il arrive dans la capitale. Et voilà le résultat: nous avons le plus lourd bilan. Le système de santé s'est effondré", assène-t-il.

- Progression irrésistible -

Face à l'accélération de la propagation, la présidente Sirleaf a appelé tous les Libériens à prier et jeûner pendant trois jours, du 6 au 9 août, pour implorer la protection divine contre Ebola.

Mais quelques jours après, le Liberia dépassait la Sierra Leone puis la Guinée en nombre de morts, une progression foudroyante que des mesures toujours plus draconiennes, telles que l'imposition du couvre-feu dans tout le pays ou de la quarantaine à un quartier de Monrovia et une localité avoisinante n'ont pas ralentie.

Le bilan s'élève désormais à plus de 1.900 morts, dont près de la moitié au Liberia, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Avant d'achever son sermon, le révérend Johnson énumère ses "commandements" pour éviter la contamination.

"Gardez vos enfants à la maison, ne les laissez pas sortir", recommande-t-il, "ne mangez pas de viande de brousse, ne touchez pas les cadavres, ne touchez pas le vomi, l'urine ni aucun liquide corporel d'autrui".

"Prenez les précautions nécessaires et Dieu fera le reste", promet-il.

Dans la banlieue de West Point, où les autorités ont levé le 30 août la quarantaine au bout de seulement dix jours, au lieu des 21 jours d'incubation de la maladie, Edwina Doe, représentante de l'Eglise Unifiée du Seigneur, sait cependant à qui les habitants doivent leur salut.

"Ils disaient qu'il y avait Ebola à West Point, mais depuis qu'ils ont fermé la route, nous n'avons entendu parler de personne qui serait mort ou quoi que ce soit de ce genre", affirme-t-elle, "donc nous pensons que grâce à notre jeûne et nos prières, Dieu a pris le contrôle".

AFP

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