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Nigeria: Boko Haram s'empare d'une ville stratégique, l'armée dément

Le nord-est du Nigeria apparaît désormais directement menacé par Boko Haram après la prise mardi de la ville stratégique de Bama, selon des témoignages d'habitants, toutefois contredits par l'armée.

Bama, deuxième ville de l'Etat de Borno, ne se trouve qu'à 70 km au sud-est de Maiduguri, la capitale de l'Etat et métropole régionale de plus de 1,5 million d'habitants.

Si la chute de Bama se confirmait, Maiduguri, berceau historique de Boko Haram, serait donc plus que jamais à la portée des insurgés islamistes, qui progressent depuis plusieurs semaines dans leur offensive généralisée dans la région et qui semblent tenter d'encercler la métropole.

"Le Nigeria est sur le point de perdre le contrôle de l'Etat de Borno, y compris de sa capitale Maiduguri", ce qui permettrait à Boko Haram de "réaliser son ambition d'établir un califat dans le nord-est du Nigeria", s'alarment mardi les experts du Nigeria Security Network (NSN) dans un rapport.

"Si Borno tombe, des territoires des Etats voisins de Yobe et d'Adamawa pourraient suivre", ainsi que "des territoires camerounais frontaliers", "dans un scénario similaire à la progression fulgurante de l'Etat islamique en Irak" et en Syrie, estiment les experts.

 

- Soldats en déroute -

 

Des milliers d'habitants ont fui les combats qui font rage depuis lundi matin à Bama et se sont réfugiés à Maiduguri, accompagnés par des centaines de soldats en déroute, selon plusieurs témoignages.

"Bama est maintenant entre les mains de Boko Haram parce qu'il ne reste plus un seul soldat là-bas", a déclaré à l'AFP un habitant qui a fui, Umar Dahiru.

Un étudiant de l'université de Maiduguri, Aliyu Dawud, a témoigné avoir vu arriver des soldats "sans chaussures", "sans armes", qui "avaient l'air de s'échapper pour sauver leurs vies".

L'armée nigériane de son côté a démenti avoir perdu la ville, proclamant au contraire sa "victoire" sur son compte Twitter et affirmant avoir repoussé les insurgés.

D'après un habitant en fuite, Yasir Zarami, un avion de combat nigérian a bombardé par erreur les troupes qui tenaient la base militaire, entraînant leur débandade.

A Maiduguri, le couvre-feu a été étendu de 19 heures à 6 heures du matin (18h00 à 05h00 GMT), pour empêcher une "infiltration des insurgés qui ont subi de lourdes pertes", selon l'armée.

Ces dernières semaines Boko Haram a pris le contrôle de plusieurs localités importantes, formant un arc de cercle du nord-est au sud-ouest de Maiduguri, et verrouillant deux des quatre principales routes qui y mènent.

Les insurgés se sont emparés de Gamboru Ngala (à 140 km à l'est de Maiduguri) et de Gwoza (à 120 km au sud-est), ville que le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a déclaré dans une vidéo récente placer sous le règne du "califat islamique". Ils ont aussi capturé Buni Yadi (au sud-ouest). 

Des combats ont eu lieu également à Monguno, qui abrite une importante base militaire, à 140 km par la route au nord de Maiduguri.

Outre ces villes, Boko Haram semble contrôler des zones entières de l'Etat de Borno et certaines zones des Etats voisins de Yobe et d'Adamawa.

"Démotivée", "sous-équipée et manquant de munitions", "l'armée ne semble pas capable de stopper Boko Haram", selon les experts du NSN.

 

- Des milliers de réfugiés -

 

L'insurrection armée de Boko Haram depuis 2009 et sa répression féroce par les forces de sécurité nigérianes ont fait plus de 10.000 morts et 650.000 déplacés.

Ces 10 derniers jours, fuyant les combats, "plus de 9.000 Nigérians se sont réfugiés au Cameroun et plus de 2.000 au Niger", a indiqué mardi le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU.

Au total, le Cameroun accueille 39.000 réfugiés, le Niger plus de 50.000 et le Tchad 1.500, selon le HCR.

Dans une étude publiée mardi, le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime que le Nigeria doit changer d'approche s'il veut mettre fin à l'"interminable" rébellion.

Il faut réformer la manière de fonctionner de l'armée, de la police, de la justice et des institutions locales, et assurer un développement économique et social dans ces régions déshéritées, assure-t-il.

Selon lui, une assistance militaire étrangère directe contre Boko Haram risque d'étendre le conflit au-delà des frontières du Nigeria.

Une réunion internationale consacrée à la lutte contre Boko Haram doit se tenir à Abuja mercredi, avec les ministres des Affaires étrangères des pays de la région et des envoyés occidentaux.  

AFP

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