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Le Nigeria, une destination difficile

Les ornithologues amateurs sont capables de voyager dans les destinations les plus exotiques pour observer des oiseaux rares, mais ils ne sont pourtant guère nombreux à fréquenter la réserve forestière d'Amurum, dans le centre du Nigeria.

Situé à proximité de la ville de Jos, ce minuscule parc de seulement deux kilomètres carrés abrite plus de 260 espèces d'oiseaux, dans un paysage de savane luxuriante ponctué de reliefs rocheux. Elle compte même deux espèces endémiques du Nigeria, l'amarante des rochers et le combassou du plateau de Jos. Mais les touristes ne viennent pas. 

"Si je n'étais pas nigérian et que je voyageais pour voir les oiseaux, évidemment je ne viendrais pas au Nigeria", confie, résigné, le responsable de la réserve d'Amurum, Shiiwua Manu.

La mauvaise réputation du pays en matière de sécurité fait fuir les visiteurs, sans compter l'absence d'infrastructures touristiques. Et les dernières actualités, avec l'insurrection du groupe islamiste armé Boko Haram dans le nord-est du pays et l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola, n'arrangent rien.

Seuls quelques chercheurs et de rares touristes viennent à Amurum, selon M. Manu, diplômé d'Oxford et qui dirige l'institut de recherche ornithologique A.P. Leventis. 

Le Nigeria pâtit de décennies d'investissements publics insuffisants. Le pays souffre de coupures d'électricité incessantes, alors qu'il est le premier producteur de pétrole d'Afrique. Les transports, les communications, le système de santé sont en piteux état. 

- Penser local -

"Le Nigeria n'a jamais été une destination facile à vendre aux touristes", le secteur ne générant que 0,5% du produit national brut, note le cabinet d'études britannique BGL dans un rapport de 2013.

Les experts s'accordent à dire que le géant d'Afrique de l'Ouest doit impérativement diversifier son économie, beaucoup trop dépendante du pétrole, pour créer des emplois et résorber le chômage massif. Et le développement du tourisme pourrait être une piste, car le Nigeria jouit de sites naturels superbes comme Amurum.

A défaut d'attirer les touristes étrangers - au mieux un objectif à long terme si la situation s'améliore - le secteur pourrait miser sur le tourisme intérieur, recommande BGL. 

Le Nigeria est le pays le plus peuplé d'Afrique avec 170 millions d'habitants, et son économie a enregistré une croissance moyenne de près de 7% par an depuis une dizaine d'années. La diaspora nigériane à travers le monde pourrait aussi être ciblée.

Le marché intérieur est une "lueur d'espoir" pour le secteur touristique nigérian sinistré, selon BGL.

Le grand nombre de Nigérians qui se rendent au Ghana (voisin) pour les vacances de Pâques et de Noël montre qu'il y a un marché, estime BGL dans son rapport.

- 'Pays de la paix et du tourisme' -  

L'Etat du Plateau et sa capitale Jos étaient autrefois un lieu de villégiature apprécié des Nigérians et des expatriés en raison d'un climat plus frais apporté par l'altitude, comme en témoigne l'inscription qui figure encore aujourd'hui sur les plaques d'immatriculation : "pays de la paix et du tourisme". 

Mais les violences inter-communautaires qui se sont multipliées depuis 2001, faisant plus de 10.000 morts selon Human Rights Watch, ainsi que des attentats perpétrés par Boko Haram ont ruiné la réputation de la région comme destination touristique, déplore le ministre du Tourisme de l'Etat du Plateau Yiljap Abraham.

"Les beaux jours ont pris fin", dit-il, "mais en travaillant dur nous pouvons remonter la pente". 

L'Hôtel Hill Station de Jos est un symbole de la décadence du tourisme dans la région, mais il montre aussi le potentiel qui pourrait être exploité avec des investissements, souligne M. Abraham.

Bâti par des colons britanniques en 1938, l'hôtel a connu son heure de gloire, avec les cocktails extravagants qui se tenaient presque chaque semaine dans ses superbes jardins qui surplombent Jos, réunissant l'élite de la ville.

"Même la Reine d'Angleterre est venue ici !" raconte Yiljap Abraham, évoquant la visite d'Elizabeth II en 1956, quatre ans avant l'indépendance du Nigeria.

Mais au début des années 1980, l'hôtel a été racheté par une société contrôlée par des hommes politiques du nord du Nigeria et depuis "les affaires ont tourné court", selon M. Abraham.

Les jardins sont mal entretenus et la piscine, vide, est entourée d'une barrière métallique qui ne déparerait pas dans une cour de prison.

Le mobilier de la grande salle de réception et du bar a disparu en quasi-totalité. Seule une salle de restaurant qui a conservé son décor de panneaux de bois en bon état rappelle les beaux jours de l'établissement.

- Optimisme -

Assise seule à une table, fixant son téléphone mobile, une employée de l'office du tourisme présente dans l'hôtel explique que son travail consiste à informer les visiteurs sur les sites naturels spectaculaires autour de Jos.

Parlant sous couvert d'anonymat, elle confie qu'elle n'est pas débordée de travail depuis plusieurs années.

Le ministre Yiljap Abraham se veut cependant optimiste.

Avec des investisseurs, l'hôtel Hill Station peut être facilement rénové et le tourisme relancé, veut-il croire, dressant la liste de toutes les beautés naturelles de la région : les cascades, les formations rocheuses insolites et la réserve d'Amurum.

"Nous avons besoin de gens qui comprennent la valeur de ce que nous avons ici, une véritable bénédiction", dit-il. "Il faut en profiter !"

AFP

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