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Contre les jihadistes, les pays africains appelés

Contre les groupes jihadistes qui, de l'ouest à l'est de l'Afrique, prospèrent sur la pauvreté et la corruption, les Etats ont un besoin vital de partager ressources et informations, estiment des experts.

Cette menace, qui fait écho à celle de l'EI en Irak et en Syrie - possible inspiration pour des mouvements radicaux en Afrique, même sans liens avérés - sera l'objet d'une première réunion organisée mardi à Nairobi par l'Union africaine (UA).

Shebab en Somalie et au Kenya, Aqmi au Mali et dans le Sahel, Boko Haram au Nigeria: ces groupes, qui revendiquent souvent des liens avec la mouvance Al-Qaïda, sont déjà solidement implantés depuis des années et tiennent des territoires à travers le continent.

"L'ampleur et la sophistication de leurs récentes attaques (...) requiert une réponse collective plus robuste au niveau régional et continental", a averti l'Institut d'étude sur la sécurité (ISS) dans un récent article.

 

- 'Travailler ensemble' -

 

"Il est important que les pays africains travaillent ensemble, regroupent leurs ressources, partagent leurs renseignements et leurs informations afin de relever le défi", a déclaré à la presse le directeur des renseignements extérieurs kényan, Chris Mburu, après une réunion à Nairobi qui rassemblait en fin de semaine les chefs des services de renseignements de pays africains.

Ces responsables, réunis avec le Comité des services de renseignements et sécurité africains (Cissa) de l'UA, se sont inquiétés de l'éventuelle influence de l'EI sur les jihadistes du continent. 

Dans leur communiqué final, ils soulignent que, parmi les menaces et défis posés aux Etats, figurent "des alliances nouées dans le monde par les groupes terroristes, les sources sophistiquées de financement", ainsi que "les frontières poreuses" des pays africains.

Sur le continent, certains jihadistes semblent suivre de près les récentes actions armées de l'EI. Mais il y a peu de preuves de liens directs, d'autant que l'EI concurrence directement Al-Qaïda dans la sphère islamiste.

Boko Haram a en tout cas marqué les esprits il y a quelques jours en annonçant placer Gwoza, ville du nord-est du Nigeria conquise par ses combattants, sous le règne du "califat islamique", à l'instar de l'EI.

Mais son chef Abubakar Shekau semble avoir surtout voulu faire parler de lui. 

"Je pense que Shekau a voulu imiter l'EI", déclare David Cook, professeur de religion à l'Université Rice de Houston et spécialiste de Boko Haram.

Tous ces groupes jihadistes africains, qui ont chacun leur propre agenda, peuvent avoir une "sympathie idéologique" envers l'EI, estime Peter Pham, de l'Atlantic Council, un centre de recherche basé à Washington, qui doute toutefois de "liens réels".

Mais, à titre individuel, des Africains rejoignent déjà l'EI.

"Beaucoup traversent le Sahel, entrent en Libye où ils reçoivent leurs premières formations, et ensuite vont en Syrie et en Irak", déclare M. Pham à l'AFP.

 

- 'S'attaquer aux causes' -

 

De fait, les solutions pour réduire la menace islamiste sont loin d'être évidentes.

Le président Barack Obama a promis début août d'aider les armées africaines qui combattraient les islamistes où mèneraient de dangereuses missions de paix, après avoir réuni à Washington les dirigeants africains.

"Pour contrer la menace, les Etats doivent partager leurs informations et renseignements", juge Macharia Munene, professeur de relations internationales à l'Université internationale américaine du Kenya.

Mais la forte corruption, la mauvaise gouvernance, la désorganisation et l'inefficacité des forces de sécurité minent ce combat.

"La réponse à l'extrémisme et au terrorisme en Afrique doit s'attaquer davantage aux racines du problème, plutôt que de soutenir militairement les hommes forts en Afrique", a averti dans un récent article David Shinn, ancien ambassadeur américain sur le continent et aujourd'hui professeur à l'Université George Washington.

La seule augmentation des dépenses militaires ne résoudra rien. 

Par le passé, "des réponses exclusivement basées sur la sécurité" se sont révélées "inadaptées", relève l'ISS.

Pour les jeunes désoeuvrés de ce continent toujours ravagé par une grande misère, une idéologie radicale et l'appartenance à un groupe armé apportent une activité, de l'argent et la "possibilité de faire autre chose que de tourner en rond", souligne M. Pham.

"Il faut traiter les causes fondamentales qui mènent à l'extrémisme jihadiste: le sous-développement, et la marginalisation économique, sociale et politique".

AFP

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