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Des manifestants dans la ville portuaire de Tobruk, Libye, le 20 février 2011. REUTERS/Stringer
Des manifestants dans la ville portuaire de Tobruk, Libye, le 20 février 2011. REUTERS/Stringer

Les «rivières de sang» promises coulent en Libye

Le régime du colonel Kadhafi a tenu parole: pour se maintenir à tout prix au pouvoir, il fait couler le sang à flot. Au mépris le plus total des droits de l'homme.

C'est sous la pluie, phénomène assez rare en Libye, pays plutôt aride, que Kadhafi, le «Guide de la Révolution», est apparu à la télévision d'Etat.

Armé de son seul parapluie, il est passé brièvement pour démentir l'information faisant état de sa fuite vers le Vénézuela, rapportée par la chaîne saoudienne Al Arabiya et William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères.

Filmé en train d'entrer dans son palais-bunker de Tripoli, Kadhafi, passé en quelques jours du statut de bouffon international à celui de boucher de l'année, a dans une rapide allocution traité de «chiens» les journalistes qui l'avaient donné partant.

La télévision d'Etat continue de nier les massacres, alors que des avions de chasse et des chars bombardent les manifestants regroupés dans les rues de la capitale. Bilan provisoire: 500 morts. Le fils du sanglant dictateur, Seif al-Islam, aura donc tenu les promesses des «rivières de sang» qu'il annonçait à la télévision il y a quelques jours.

Les boucliers du pétrole et de l'immigration

Le monde se réveille après un assoupissement dopé au pétrole, découvrant que le sympathique amuseur des foules tire depuis longtemps sur la sienne.

Pendaisons d'opposants et répressions sanglantes, Kadhafi tient depuis des décennies son pays d'une main de fer. Les massacres actuels ont bien sûr soulevé la réprobation internationale —très molle comme à l'accoutumée de la part des Européens et de Paris, pris en otage par un partenariat avec la Libye sur la sous-traitance de l'immigration clandestine africaine— mais beaucoup plus dure de la part des Arabes, choqués par ce qu'ils comparent aux bombardements israéliens contre les populations palestiniennes.

La ligue arabe se réunit en urgence aujourd'hui mardi 22 février, pour tenter d'arrêter le carnage alors que Karadaoui, le célèbre mufti [haut dignitaire religieux, ndlr] a appelé à partir du Caire à tuer Kadhafi —une première du genre.

Le Guide devenu le massacreur de la contre-révolution; tout porte à croire qu'il va continuer à tirer sur sa population tout en utilisant l'arme du pétrole et de l'immigration clandestine africaine pour contrer les protestations européennes.

La flambée du cours du pétrole —dont la Libye est le 3e producteur africain— a déjà déprimé les bourses européennes et les analystes s'attendent au même schéma pour New York cet après-midi.

En ce qui concerne l'immigration, Kadhafi pourrait se venger en lâchant son contrôle sur les milliers d'Africains qui choisissent les déserts de Libye pour atteindre la Méditerranée et faire le saut de l'autre côté. Les 5.000 tunisiens  récemment débarqués en Sardaigne (Italie) constituent déjà un cauchemar pour l'Europe...

Après la pluie, le beau temps?

Si les massacres dans ce huis-clos de 6 millions d'habitants —où la presse étrangère est interdite et les frontières avec les voisins fermées— ne vont pas s'arrêter par enchantement, un scénario à la tunisienne ou à l'égyptienne est néanmoins très envisageable, tant les défections dans les rangs du leader libyen se succèdent.

Des soldats, des officiers de l'armée, des diplomates, des chefs de tribus ont rallié le camp adverse, et des pilotes d'avions militaires qui ont refusé de bombarder la foule ont quitté le pays en atterrissant à Malte.

En attendant, les Libyens sont bien décidés à venger leurs morts pendant que la pluie fine qui s'abat actuellement sur le pays contribue à laver tout le sang qui coule.

Chawki Amari

Chawki Amari

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

Ses derniers articles: L'effroyable tragédie du FLN  Cinq parallèles entre le Mali et l'Afghanistan  Bigeard, le tortionnaire vu comme un résistant 

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