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Lors d'une manifestation à Ferguson, le 23 août 2014. REUTERS/Joshua Lott
Lors d'une manifestation à Ferguson, le 23 août 2014. REUTERS/Joshua Lott

Voici pourquoi il y aura d'autres affaires Ferguson

Les évènements survenus à Ferguson ces dernières semaines sont le produit de dynamiques connues: ségrégation, chômage, contrôles au faciès.

Adressez-vous à n'importe qui dans Ferguson, et on vous racontera une histoire sur la police. «Le fils d'un de mes amis a été tué par la police de Ferguson, ça fait à peu près dix ans», déclare Carl Walker, vétéran du Vietnam et ancien conseiller de probation, avant de rejoindre les manifestants. «Ils ne voulaient pas donner le nom de l'officier qui lui a tiré dessus. Pourquoi cacher son nom?»

«Les flics ont dit qu'ils lui avaient tiré dessus –affaire classée», commente Al Cole en parlant d'un cousin tué par la police de Ferguson en 2000. «Même quand j'étais adolescent, à 13 ou 14 ans, ils me plaquaient tout le temps sur le capot de leurs bagnoles. […] Aujourd'hui, j'évite au maximum de traîner dans Ferguson.»

«Des policiers ont dit qu'ils m'avaient vu dans une maison, se sont rués sur moi, ont dit que je correspondais à la description d'un suspect, m'ont foutu en garde à vue et ont découvert que j'étais en probation», affirme Craig Beck, posté près de la devanture incendiée d'une station-service QuickTrip, tandis que les manifestants défilent dans la rue. «Ils ont prétendu qu'ils m'avaient vu jeter un sac en plastique, ce qu'ils n'avaient pas dit au moment de la garde à vue.» Il poursuit: «J'ai réussi à démonter leur dossier, mais bon, ça n'a rien de nouveau ici. Ça arrive tous les jours.»

N'importe qui –du moins, n'importe quel noir– a ce genre d'anecdote à disposition. N'importe qui a des amis ou des membres de leur famille qui ont été harcelés ou agressés par la police, voire pire.

Une affaire survenue l'an dernier compte peut-être parmi les plus sidérantes. Il s'agit de la mort de Cary Ball Jr., un jeune noir de 25 ans étudiant au St. Louis Community College-Forest Park. Selon le rapport officiel de la police, Ball aurait plié sa voiture après une course-poursuite, se serait enfui dans la rue et aurait pointé son arme vers les policiers qui voulaient l'interpeller. Selon les témoins de la scène, Ball aurait jeté son arme au sol et se serait dirigé vers les forces de l'ordre –les mains levées– et aurait alors été abattu de 25 balles. Une enquête fédérale allait blanchir les policiers.

De même, en février, la vidéosurveillance d'un casino a montré la police de St. Louis fracasser le crâne d'un homme noir contre le capot d'une voiture après une altercation concernant une histoire de jeux d'argent et de propriété privée non respectée. En mars, sur une autre vidéo, on voyait des policiers de St. Louis rouer de coups un handicapé mental dans sa propre maison, après avoir reçu un appel à l'aide de sa famille.

Des événements qui non absolument rien d'isolés. En 2012, un rapport rédigé par David Klinger, criminologue de l'Université de Missouri-St. Louis, affirmait qu'entre 2008 et 2011, les officiers de la police de St. Louis avaient fait feu à 98 reprises.

«Toutes les données disponibles actuellement et permettant de comparer avec d'autres villes oublient de mentionner l'énorme quantité de raisons pour lesquelles les gens se font tirer dessus par la police», avait déclaré Klinger dans les colonnes du St. Louis Post-Dispatch. «Il n'y a qu'une poignée de villes qui consignent les coups de feu impliquant la police et, quand on les compare entre elles, St. Louis est dans le haut du panier.»

Si les données sur la violence policière sont incomplètes, c'est qu'aucune initiative fédérale ne compile l'information sur les homicides injustifiés. Mais à St.Louis et dans son comté, les histoires de brutalité policière et d'usage excessif de la force sont légion et bien souvent terrifiantes. Par exemple, en 2009, un homme avait été arrêté à tort et roué de coups par la police, pour ensuite être inculpé pour avoir sali de son sang l'uniforme des officiers.

Les abus sont tellement monnaie courante que le meurtre de Michael Brown pourrait ressembler à de simples parasites sur la radio de l'horreur. Mais même pour les environs, la mort de Brown aura été violente. Ce qui explique pourquoi –dans une ville autrement calme, d'une région autrement paisible–, nous avons assisté aux débuts d'un incendie dévastateur qui n'est sans doute pas près de s'éteindre.

Désormais, si vous avez suivi les infos, vous savez qu'il y a deux versions de l'histoire.

Selon la police, Brown aurait résisté à une arrestation et agressé un officier. «Une confrontation physique est à l'origine de tout cela», a déclaré Jon Belmar, chef de la police du comté de St. Louis, lors de la conférence de presse organisée au lendemain de la fusillade. Selon cette version officielle, un contrôle de routine se serait transformé en altercation impliquant deux hommes, Brown et son ami. Quand l'officier Darren Wilson aurait essayé de sortir de son véhicule, il se serait fait pousser par l'un des deux hommes, désireux de s'emparer de son arme. Pendant la lutte, un coup de feu aurait été tiré et, peu après, Brown aurait été abattu de plusieurs balles en pleine rue.

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La rédaction de Slate Afrique.

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