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  Un avion de Kenya Airways, le 25 octobre 2013, sur l'aéroport de Nairobi. REUTERS/Noor Khamis.
Un avion de Kenya Airways, le 25 octobre 2013, sur l'aéroport de Nairobi. REUTERS/Noor Khamis.

Ebola: les compagnies aériennes n'écoutent plus l'OMS

Malgré les appels au calme de l'organisation onusienne, de plus en plus de compagnies suspendent leurs vols à destination des pays touchés par l'épidémie d'Ebola.

Samedi, le gouvernement kenyan annonçait l’interdiction d'entrée sur son sol des personnes en provenance des pays ouest-africains touchés par l’épidémie d’Ebola. Kenya Airways annonçait aussitôt la suspension de tous ses vols concernés. Aujourd’hui, l’OMS exhorte les gouvernements et les compagnies à ne pas suivre l’exemple du Kenya et de ceux qui l’ont précédé.

Question: qui écoute encore l’OMS sur ce thème? Elle a déjà dit et redit que le risque de transmission du virus Ebola par transport aérien est très faible. C’est la vérité mais cela ne suffit pas pour enrayer les mécanismes de peur et l’irrationnel. C’est peut-être regrettable mais c’est ainsi, et les sociologues n'y changeront rien.

«L’épidémie est d’une ampleur jamais vue auparavant, vient de déclarer Gregory Hartl, porte-parole de l’OMS. C’est une source évidente de préoccupation et elle ne doit pas être sous-estimée. Mais il faut prendre des mesures proportionnées au risque.» 

Gregory Hartl veut dire par là que la priorité est de ne pas prendre des mesures générales qui affecteraient les voyages et le commerce. Les pays touchés par Ebola souffriraient économiquement si les phénomènes du type Kenya Airways devaient continuer à se multiplier. Les entreprises informatiques diminuent leurs opérations régionales et le commerce est renvoyé à plus tard. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international prévoient que la croissance économique de la Guinée pour 2014 passera de 4,5% estimés à 3,5%.

Mais le Kenya n’a pas entendu Gregory Hartl. Kenya Airways non plus, quoi qu’il lui en coûtera. La compagnie aérienne a été accusée par des experts médicaux et des responsables politiques kényans de faire passer les profits avant la prudence (plus de 70 vols par semaine vers l’Afrique occidentale) et a alors fait valoir que ses vols avaient contribué à contenir l’épidémie d’Ebola grâce au transport de personnel médical, de fournitures et de divers équipements vers l’Afrique occidentale. C’était compter sans les responsables de l’Association médicale du Kenya, qui ont demandé à Kenya Airways la suspension des vols vers les quatre pays touchés par le virus Ebola «jusqu’à ce que les choses se stabilisent».

Kenya Airways n’est pas la première compagnie à prendre une initiative contraire aux recommandations de l’OMS: British Airways, Emirates Airlines, Arik Air et ASKY Airlines ont déjà fait de même. Au Cameroun, des responsables annoncent une mesure équivalente. Korean Air annonce qu’elle va suspendre temporairement son service au Kenya –du moins l’avait-elle annoncé avant que le Kenya ne rompe avec l’Afrique de l’Ouest.

Le processus est contagieux et rappelle les premières années du sida. Le Nigéria a retiré ses athlètes des «Jeux Olympiques de la Jeunesse», qui viennent de s’ouvrir en Chine. Le Comité international olympique interdit aux athlètes des pays concernés par l’épidémie de participer à certaines compétitions, parmi lesquelles les épreuves en piscine et les sports de combat. Il n’a pas dit sur quelles bases scientifiques.  Il n’y en a aucune. Qu’importe. Comme le charbonnier de François Ier, le CIO est maître chez lui.

Depuis le 31 juillet, l'Association internationale du transport aérien (Iata) garde le silence sur Ebola. Air France fait de même. C’est un équilibre instable, qui tiendra jusqu’au second cas d’infection aéroportée (le premier à touché le Nigéria).

A Genève, le porte-parole de l’OMS assure prendre la mesure de tout cela. «Vous n’avez pas besoin d’un marteau pour casser une noix», dit Gregory Hartl. Certes. Aujourd’hui les marteaux sont en vente libre et les noix effraient. Comme jamais.

Jean-Yves Nau

Jean-Yves Nau

Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».

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