SlateAfrique

mis à jour le

Zimbabwe - Des crimes de masse qui hantent les écoles

Près de vingt ans après les massacres au Zimbabwe, les victimes de Gukurahundi —un terme qui signifie pluies de printemps en shona— sortent de l'oubli. Un charnier a été récemment découvert dans une école située sur la région de Matabeleland dans le sud du pays. La fosse contenait près de soixante cadavres, rapporte The New Zimbabwe. Des élèves jouant au football ont découvert l'horreur en trébuchant sur les ossements humains qui sortaient de terre.

Les ossements seraient des victimes du massacre de Gukurahundi, brigade d’extermination entrainée et équipée par la Corée du Nord, perpétrés par les troupes du président zimbabwéen Robert Mugabe dans les années 80. On estime à près de 20.000 civils le nombre de personnes tuées par l’armée de la Cinquième brigade, à Matabeleland

Moses Mzila Ndlovu, ministre de la Réconciliation nationale et de l’Intégration du Zimbabwe s’est rendu à l’école secondaire Saint-Paul de la ville de Lupane où le charnier a été découvert le 30 septembre. Les villageois lui ont indiqué que Saint-Paul ainsi que plusieurs autres écoles locales ont été des points de détention pour la Cinquième Brigade. Plusieurs dizaines de personnes y ont été arrêtées, interrogées et exécutées avant que leurs corps ne soient jetés dans des fosses communes. Une tombe capable de contenir de 30 à 60 corps a été découverte à proximité de l’école. Le ministre va demander au gouvernement d’enclencher un vaste programme d’inhumation des ossements.

C’est en février 1982 que le massacre de Gukurahundi prend corps au Matabeleland. En raison des rivalités politiques avec Joshua Nkomo, grande figure de la lutte pour la libération du pays, Mugabe décide d’exterminer les Nbélélé, l'ethnie dont Nkomo est issu. La Cinquième brigade, Gukurahundi, a commis les pires exactions dans le pays et ces crimes restent jusque-là impunis.

A la suite de cette énième découverte, le ministre de l'Education du Zimbabwe, David Coltart, a souligné la nécessité d’ouvrir une commission vérité et réconciliation, rapporte The Guardian de Londres. Cette même année, des centaines de cadavres avaient été également découverts dans un puits de mine dans la zone de Mont Darwin près de Harare, la capitale. Il s’agissait de combattants zimbabwéens, victimes de la colonisation. Mais pour le ministre de l’Education, il ne s’agit nullement de politiser ces découvertes. Selon lui,

«l'important est que les archéologues et les antropologues s’engagent dans un processus d’inhumation des restes.»

Et de rappeler aussi la nécessité de participation de «la communauté locale, afin que les coutumes, les traditions et les rites soient respectées» pour le repos des membres disparus. 

Lu sur The New ZimbabweThe Guardian