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Libye: des islamistes prennent une base militaire clé, dizaines de morts

Des groupes islamistes ont pris la principale base de l'armée à Benghazi dans l'est libyen après des combats ayant tué des dizaines de soldats, au moment où la capitale Tripoli restait menacée mercredi par un immense incendie sur un site de carburant provoqué par des roquettes.

Attestant du chaos dans lequel est plongé le pays, une infirmière philippine a été enlevée pendant quelques heures à Tripoli et violée, ont indiqué des sources médicales et de sécurité sans préciser l'identité des ravisseurs.

Pour éviter un "effondrement de l'Etat", le nouveau Parlement issu des élections du 25 juin va tenir une réunion d'urgence à Tobrouk (est), alors qu'il était censé tenir sa première session le 4 août à Benghazi.

Depuis la chute en 2011 du dictateur Mouammar Kadhafi, chassé du pouvoir par une rébellion soutenue par les Occidentaux, les autorités libyennes, déchirées par des luttes d'influence, ne parviennent pas à contrôler les dizaines de milices formées d'ex-rebelles qui font la loi en l'absence d'une armée et d'une police bien structurées et entraînées.

Face à l'escalade surtout dans la capitale libyenne, plusieurs Etats étrangers, notamment occidentaux, ont évacué leurs ressortissants ou personnel diplomatique. Ces dernières 24 heures, une cinquantaine de Français et de Britanniques ont été évacués par bateau.

Après plusieurs jours de combats à Benghazi, berceau de la révolte contre le régime Kadhafi, une coalition de groupes islamistes et jihadistes, le "Conseil de Choura des révolutionnaires de Benghazi", a annoncé dans un communiqué s'être emparé mardi soir du QG des forces spéciales.

Une source militaire a confirmé la chute de la base dans cette deuxième ville de Libye, aux mains de ces groupes, dont Ansar Asharia, classé organisation "terroriste" par Washington.

 

- 'Butin' -

 

Le Croissant rouge libyen a annoncé avoir retiré 35 corps de soldats de la base, en disant qu'il y avait encore plus de cadavres mais sans pouvoir de donner un chiffre global précis.

Sur sa page Facebook, Ansar Asharia a publié des photos de son "butin" après la prise de la base: des dizaines d'armes et des caisses de munitions.

Depuis samedi, les combats entre milices islamistes et forces armées dans plusieurs secteurs de Benghazi dont celui de la base, ont fait quelque 90 morts, y compris les 35 corps retirés mercredi, selon un bilan provisoire fourni par des sources médicales locales.

Des tirs intermittents continuaient d'être entendus mercredi en plusieurs endroits de la ville.  

L'unité des Forces spéciales, une brigade de l'armée régulière, a annoncé il y a quelques mois son soutien aux opérations du général dissident Khalifa Haftar, sans toutefois se placer sous son commandement.

Ce général à la retraite mène depuis le 16 mai une offensive contre les groupes islamistes, qu'il qualifie de "terroristes", à Benghazi.

Dans la capitale libyenne, les pompiers tentaient, non sans grande peine, d'éteindre l'incendie qui ravageait mercredi pour la quatrième journée consécutive un immense dépôt de stockage d'hydrocarbures, provoqué par des roquettes tirées lors d'affrontements entre milices rivales.

Ces combats sont les plus violents en près de trois ans à Tripoli. Ils ont fait depuis leur début le 13 juillet, dans le sud de la capitale, en particulier autour de l'aéroport, une centaine de morts et 400 blessés. L'aéroport est fermé depuis. 

Le dépôt contenant plus de 90 millions de litres de carburant, ainsi qu'une cuve de gaz ménager, les autorités craignent "une catastrophe humaine et environnementale".

 

- Tripoli quasi-paralysée -

 

Les opérations d'extinction du feu avaient été interrompues par moments en raison des combats.

Les affrontements ont éclaté après une attaque menée par des combattants islamistes et d'ex-rebelles de la ville de Misrata (est de Tripoli) qui tentent de chasser de l'aéroport leurs anciens compagnons d'armes originaires de Zenten (ouest).

Pour les analystes, ces combats font partie d'une lutte d'influence entre régions mais aussi entre courants politiques.

La semaine dernière, le gouvernement libyen a mis en garde vendredi contre "l'effondrement de l'Etat".

Les combats ont quasiment paralysé la capitale, où banques et administrations sont fermées. Des pénuries de carburant et d'électricité ainsi que des coupures d'eau empoisonnent la vie quotidienne des habitants.

Une moyenne quotidienne de 5.000 à 6.000 personnes ont fui ces derniers jours la Libye vers la Tunisie voisine, selon les autorités tunisiennes qui ont averti qu'ils ne pouvaient pas accueillir des "centaines de milliers de réfugiés".

AFP

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